Mercredi, près d'une centaine d'agriculteurs de la Confédération paysanne ont effectué une opération coup de poing à Paris, en investissant pendant une heure une annexe du ministère de l'Agriculture. Cet acte de protestation a suscité l'arrestation de 50 manifestants, déclenchant ainsi une onde de choc parmi les représentants du secteur agricole.
À 16 heures, les agriculteurs se sont installés dans la direction générale de la performance économique, à proximité du ministère, où ils ont déployé une banderole dénonçant : "L'agriculture, on veut en vivre, pas en mourir". Cette action a été décrite par la préfecture comme un "grave trouble à l'ordre public", entraînant des interpellations immédiates.
C'est un représentant du ministère de l’Agriculture lui-même qui a déposé une plainte contre cette mobilisation, ce qui a provoqué la colère du syndicat. Selon la Confédération paysanne, parmi les gardés à vue se trouvent trois de ses porte-parole nationaux et Jean-Yves Tarcy, président de la chambre d’agriculture de Guyane. Les agriculteurs ont ensuite appelé à une mobilisation devant le commissariat du XVIIIe arrondissement, dénonçant le "mépris constant" du gouvernement envers le monde agricole.
Fanny Métrat, l’une des porte-parole du syndicat, a exprimé la nécessité d'une "décolonisation de l'agriculture" et a critiqué la domination de la FNSEA, premier syndicat agricole, sur les politiques du ministère. Ce climat de tension est accentué par les récentes annonces du gouvernement qui a promis une "loi d'urgence agricole" devant répondre à des enjeux tels que la prédation et la gestion de l'eau, mais qui semble privilégier les grandes exploitations au détriment des petites fermes.
Il est évident que cette action n'est pas un acte isolé, mais le reflet d'un ras-le-bol croissant face à une concentration des subventions publiques de plus en plus disparates. Dans ce contexte, Thomas Gibert, un autre porte-parole, a déploré la différence de traitement entre les mobilisations de la FNSEA et celles de la Confédération paysanne, affirmant : "La FNSEA peut mobiliser 400 tracteurs et est reçue avec des honneurs, tandis que nous, nous faisons face à la répression chaque fois que nous protestons".
Des voix au sein du monde agricole, comme celle de l'analyste agricole Pierre Ménard, soulignent que cette situation pourrait aboutir à une fracture encore plus profonde entre les différents acteurs du paysage agricole français. La colère des agriculteurs, venue notamment de l'Outre-mer, vient aussi renforcer cette idée de solidarité entre paysans face à des politiques agricoles perçues comme inadaptées.
« Nous sommes à un tournant crucial où les voix sont de plus en plus partagées », conclut Ménard. La question qui se pose désormais est de savoir quelle forme prendra la réponse du gouvernement dans les jours et semaines à venir. La réaction de l'État sera-t-elle à la hauteur des exigences d'une profession en crise ? La réponse est attendue avec impatience.







