Dans un mouvement audacieux, plusieurs associations de soutien aux livreurs de repas ont déposé une plainte pénale pour «traite d'êtres humains» contre les géants des livraisons, Deliveroo et Uber Eats. Selon leur avocat, Me Thibault Laforcade, ce modèle économique s'appuie sur l'exploitation d'une main-d'œuvre précaire, composée majoritairement de travailleurs immigrés, souvent dans des conditions de travail intolérables.
La plainte, portée par la Maison des livreurs à Bordeaux et la Maison des coursiers à Paris, ainsi que par les associations AMAL et Ciel, réfère à des témoignages recueillis à travers tout le pays. Ces témoignages révèlent que les plateformes créent des bénéfices substantiels en exploitant la situation vulnérable de ces travailleurs, souligne Jonathan L'Utile Chevallier, coordinateur de projet à Bordeaux.
En réponse, Uber Eats a affirmé que cette plainte, révélée dans la presse, ne reposait sur aucun fondement solide. De son côté, Deliveroo a vigoureusement contesté les allégations d'exploitation, défendant son modèle économique en affirmant qu'il est conforme aux exigences légales.
Les chiffres sur la main-d'œuvre des livreurs en France sont alarmants. Selon une étude de Médecins du Monde réalisée l'année dernière, la majorité des livreurs, soit 98% d'entre eux, sont d'origine étrangère, et 64% n'ont pas de titre de séjour. Ils travaillent en moyenne 63 heures par semaine, perçus à environ 1480 euros brut mensuels. Jonathan L'Utile Chevallier a partagé des histoires poignantes de livreurs qui parcourent jusqu'à 20 km à vélo pour seulement trois euros nets par course.
Les plaignants dénoncent aussi le caractère «totalement dépendant» de ces livreurs qui se voient contraints d'accepter des conditions de travail déplorables. Avec l'appui de Médecins du Monde, ils ont sommé Uber Eats de mettre fin à des pratiques qu'ils qualifient de «discriminations» qui se manifestent tant sur le plan économique que via une «discrimination algorithmique», c'est-à-dire dans la manière dont les courses sont affectées par un système opaque.
Si aucune réponse satisfaisante n'est apportée sous 30 jours, une action collective sera lancée devant le tribunal judiciaire de Paris. Si la responsabilité d'Uber Eats est reconnue, cela pourrait ouvrir la voie à des réparations pour les livreurs concernés. Ce qui pourrait également établir une jurisprudence en matière de droits des travailleurs dans l'économie numérique. Les victimes de cette précarité appellent à une révision urgente du cadre légal entourant ces plateformes en ligne, qui semblent échapper à toute régulation sérieuse, déplorent les associations impliquées.







