Dans le bassin de la Boutonne, un projet ambitieux de relance de la filière chanvre se dessine. Sur les terres d'Alexandre Villain, un agriculteur de Varaize, des semis de chanvre s’étendent sur quatre hectares, tandis que d'autres exploitations avoisinantes contribuent à une expérimentation qui couvre au total 16 hectares. C'est là une première étape vers un avenir tourné vers les matériaux de construction naturels.
Néanmoins, la taille de cette initiative demeure modeste comparée aux vastes plantations qui nourrissaient autrefois l'industrie navale, lorsque le chanvre était essentiel pour la construction de bateaux. Merry Davieaud, gérant du cabinet MB Agri, observe la perte de savoir-faire au fil des décennies et les changements climatiques qui compliquent la réintroduction de cette culture. « Les conditions climatiques d’aujourd’hui sont bien différentes de celles d’autrefois », souligne-t-il. Son étude a pour but de réintroduire des techniques de culture performantes, adaptées à la région.
L'eau, ressource critique
Un des défis majeurs qui se posent est la gestion de l'eau, une ressource devenue rare dans le secteur. Le projet de mégabassines pour l'irrigation a provoqué des tensions entre agriculteurs et militants écologistes, souligne un rapport de France 3 Nouvelle-Aquitaine. Ces installations devraient aider les agriculteurs à irriguer leurs champs, mais la protection de l'eau de qualité est au cœur des préoccupations de la population locale. Frédéric Emard, président du Syndicat mixte de la Boutonne, affirme que « le chanvre est une culture qui nécessite peu d'eau et réduit l'utilisation de traitements phytosanitaires », ce qui pourrait en faire une solution viable.
Dans le cadre de ce projet, une usine de transformation de chanvre doit voir le jour d'ici 2027, avec un investissement de 7,6 millions d'euros, financé en partie par des fonds publics, dont 3,5 millions de l'Agence de l'eau Adour-Garonne. Manuela Brousset, représentante de cette agence, rappelle la nécessité de s’adapter aux enjeux du changement climatique. « Le Chanvre pourrait jouer un rôle clé dans nos stratégies de durabilité à l'horizon 2050 », ajoute-t-elle.
Des doutes sur la rentabilité
Pour que l'unité de défibrage soit rentable, elle devra traiter 2 000 tonnes de chanvre par an, un volume ambitieux par rapport aux 400 hectares nécessaires pour atteindre un rendement de 5 tonnes à l'hectare. Alexandre Villain fait part de ses préoccupations, rappelant une expérience précédente où des rendements très bas avaient compromis les efforts de production. « Nous n’avions pas réussi à récolter suffisamment la dernière fois. Cela devra changer cette année », déclare-t-il. Julien Chenin, un fellow agriculteur, insiste également sur la nécessité de garantir un prix d'achat équitable. « Nous ne pouvons pas nous permettre de cultiver à perte. Il est essentiel que notre coût de production soit respecté », souligne-t-il.
Les résultats attendus lors de la première récolte en septembre prochain seront cruciaux pour les agriculteurs. La détermination du prix de vente, autour de 350 euros la tonne dans d'autres régions, sera également un facteur clé dans l'avenir de cette filière en pleine relance.







