REPORTAGE. À deux jours d’un vote important à l’Assemblée nationale, près de 5 000 personnes se sont réunies ce dimanche 28 juin à Paris pour s'opposer à la loi sur la fin de vie. Cette initiative, baptisée « Appel du 28 juin », visait à alerter une dernière fois l’opinion publique.
Sur la place de Fontenoy, entre l’École militaire et le bâtiment de l’Unesco, l’atmosphère était festive mais sérieuse. Poussettes, familles unies, jeunes en groupe, tous étaient là pour s’exprimer avant le vote prévu mardi 30 juin à l’Assemblée nationale. Pas de scènes de colère, plutôt une volonté collective de faire entendre leur voix.
“Tuer n’est pas un soin”
Le même message résonnait sur les pancartes : “Tuer n’est pas un soin”. Les manifestants, soutenus par des membres des forces de l’ordre, étaient clairement unis contre la proposition de loi qui vise à établir un « droit à l’aide à mourir ». Ce texte, qui doit rediscuter au Sénat le 7 juillet, pourrait être adopté le 15 juillet. Les opposants jugent que le calendrier de cette mesure est brutal, soulignant qu’une partie de la population refuse de franchir ce cap.
« On abandonne les gens dans leur désespoir », déclarent Édouard et Louis, deux jeunes manifestants. Pour eux, ce projet de loi représente un véritable tournant. « C’est une solution illusoire », ajoutent-ils, en rappelant l’exemple belge où des personnes vulnérables ont ressenti une pression sociétale à mettre fin à leurs jours.
À proximité, des enfants jouent, dénotant l’aspect familial de l'événement. Ici, les débats ne portent pas uniquement sur la mort mais engagent des réflexions sur les soins palliatifs, la solitude et la dignité des personnes âgées. Louis déclare : « Le sens du mot ‘dignité’ a évolué. Avant, il représentait la valeur intrinsèque de la vie humaine, alors qu'aujourd'hui, il justifie des actions fatales. »
« Jusqu’ici, face à une personne exprimant le souhait de mourir, le réflexe de la société était la solidarité. »
Élisabeth de Courrèges, ergothérapeute et membre de ce mouvement, tient à rappeler que « cette aide à mourir » ne résout pas la détresse des personnes en fin de vie. « Nous, soignants, n’avons pas besoin de cela. Cet interdit est ce qui a poussé la médecine française à innover dans les soins palliatifs, en devenant plus compétente et créative », explique-t-elle. Elle évoque l'importance d'accompagner plutôt que d'abandonner.
Au fil des discours, une réflexion plus profonde émerge sur la valeur d’une vie diminuée. Édouard et Louis affirment : « Le curseur de la dignité a été déplacé. On ne la mesure plus par la nature humaine mais par son utilité. » À 18 heures, le rassemblement prend fin, les manifestants s'éloignant progressivement. Bien que la mobilisation ne semble pas être en mesure de changer le cours des débats parlementaires, elle illustre un message fort : la souffrance appelle à l’accompagnement, à la compassion, et non à la mort. Élisabeth conclut : « Je trouve triste qu'une société, face à la souffrance, doive choisir entre l'amour et la mort. Je crois davantage à l'amour. »







