Le Bangladesh est en émoi à l'approche des élections législatives prévues le 12 février 2026. Muhammad Yunus, économiste et lauréat du prix Nobel de la paix, a été appelé à la tête d'un gouvernement intérimaire après le renversement de l'ancien régime autocratique de Sheikh Hasina. Ce scrutin pourrait marquer une véritable rupture avec le passé, alors que le pays tente de redéfinir sa trajectoire politique.
Les électeurs seront appelés à choisir les 350 députés du parlement monocaméral et à voter sur un référendum relatif à des réformes visant à consolider la démocratie bangladaise. Cette date marque un tournant potentiel, une chance de laisser derrière soi un régime dont la forte répression a engendré de violentes émeutes et des tensions persistantes.
Yunus, bien que réticent envers le pouvoir politique, a accepté de mener cette transition cruciale. Son gouvernement provisoire a pour mission d'organiser des élections librement, transparents et démocratiques, une promesse qui a trouvé un écho auprès des observateurs. "Au Bangladesh, les élections supervisées par des gouvernements intérimaires sont souvent plus crédibles", souligne le politologue Jérémie Codron, ajoutant que ce modèle a historiquement permis d'éviter les fraudes électorales.
Un leadership sous pression
Reconnu mondialement comme le pionnier du microcrédit, Yunus a répondu à l'appel de la jeunesse et des mouvements sociaux pour stabiliser un pays au bord du chaos. "La tâche était colossale", déclare Codron. Le gouvernement de Yunus a engagé de profonds chantiers de réforme, visant à renouveler des institutions souvent corrompues par le passé. Des commissions ont analysé la situation politique pour élaborer une charte constitutionnelle signée par presque tous les partis, y compris des partis islamistes montants.
Cependant, la période de transition a été marquée par des violences intercommunautaires, en particulier contre les minorités religieuses, posant des défis significatifs à l'image de paix prônée par Yunus. "Le rétablissement de l'ordre public est plus urgent que l'élection elle-même", plaide la politiste Charza Shahabuddin.
Sortie de crise ou installation de nouveaux conflits ?
Alors que le jour J approche, de nombreux Bangladais questionnent le bilan de ces mois sous le gouvernement Yunus. Pour certains, son administration a enthousiasmé l'espoir ; pour d'autres, elle est jugée "catastrophique". Tout repose désormais sur les résultats de ces élections, qui détermineront non seulement l'avenir de la gouvernance au Bangladesh, mais également si Yunus mérite une deuxième distinction Nobel. Codes pour l'obtention de la paix ou extériorisation des conflits internes, le dénouement reste incertain.







