L’avocate Samia Maktouf a participé au 11/13 sur Franceinfo pour évoquer la réalité de Sonia, la femme qui a permis d’éviter un plus grand nombre de victimes lors des attentats du 13 novembre à Paris. Elle a souligné les défis quotidiens auxquels fait face Sonia depuis une décennie.
Flore Maréchal : Bonjour, maître Maktouf. Aujourd'hui, vous représentez les parties civiles au procès des attentats du 13 novembre. Votre cliente, Sonia, a dû adopter une nouvelle identité, une sorte de légende. Comment vit-elle cette situation depuis dix ans ?
Samia Maktouf : Effectivement, comme Sonia l’a partagé, vivre sous une fausse identité est un défi immense. Elle a dû s’habituer à vivre sans sa famille, sans ses amis, ce qui est extrêmement éprouvant. Se lier d’amitié avec une légende est impossible. Cela lui pèse beaucoup. Les marques de solidarité qu’elle reçoit la touchent profondément, chaque don et message devient une main tendue pour elle. C’est le premier contact qu’elle a avec l’extérieur après une longue période d’isolement.
Depuis dix ans, Sonia vit comme dans une prison ouverte. Bien qu'elle ne puisse répondre à toutes les personnes qui témoignent de leur soutien, cette démarche est très significative pour elle. Sonia souhaite faire face aux défis du monde d’aujourd’hui, sure qu'il faut des personnes comme elle pour contrer le terrorisme qui menace notre société. Cette détermination, comme elle le dit souvent, reflète la force de son esprit face à l’adversité.
Flore Maréchal : Se cacher, c'est sa réalité. Elle vit cloîtrée avec son compagnon et ses enfants, ce qui limite ses interactions sociales et son accès à l'aide sociale.
Samia Maktouf : Absolument. Sonia a toujours été une femme active, mais sa situation actuelle lui interdit de travailler. Son besoin d'indépendance financier lui a manqué. Chaque tentative d'emploi s'est soldée par des défis, notamment lorsqu'elle a été reconnue. Cela renforce le sentiment d’instabilité. Elle a dû changer plusieurs fois de domicile à cause de personnes tentant de découvrir son identité. J’aimerais aussi saluer les efforts des forces de l’ordre chargées de sa protection. Ce travail est essentiel, mais souvent complexe, car Sonia subit toujours un traitement qui lui semble injuste, celui des repentis, bien qu’elle n’ait jamais commis d'acte criminel.
Flore Maréchal : Cela affecte-t-il les protections mises en place pour elle ?
Samia Maktouf : Oui, clairement, cela impacte son dispositif de protection. Elle n’est pas une repentie, mais elle a voulu collaborer avec les autorités. Cependant, au départ, son témoignage a été pris avec scepticisme. Ce doute initial a causé des retards, et maintenant qu’elle a été enfin crue, elle fait face à des difficultés persistantes en raison de son statut. Les traitements réservés aux repentis ne devraient pas s'appliquer à elle, car Sonia n'a jamais été complice d'actes criminels. Son processus de guérison est entravé par cette perception erronée.







