À peine le générique de La Guerre des prix terminé, votre façon de choisir vos yaourts en supermarché ne sera plus jamais la même. Le premier long métrage d'Anthony Dechaux, coécrit avec Maël Piriou, suit le parcours d'une jeune agricultrice, incarnée par l'impressionnante Ana Girardot, déterminée à changer le monde des centrales d'achat de l'intérieur pour aider son frère, coincé dans un système aux tarifs injustes.
« Je voulais qu’elle incarne la modernité de l'agriculture », explique Anthony Dechaux. Selon lui, Ana Girardot combine sensibilité et force de caractère, deux traits essentiels pour son personnage. Face aux exigences de ses supérieurs, incarnés par un Olivier Gourmet captivant, ainsi qu'aux pressions politiques et agricoles, sa ténacité est souvent mise à l'épreuve.
Un focus sur les yaourts
Le réalisateur choisit les yaourts pour illustrer cette "guerre des prix", en raison de leur importance dans le paysage de l'agriculture française. « La filière laitière a connu de multiples crises », souligne Dechaux. « Les yaourts sont parmi les produits les plus commercialisés, ce qui en fait un symbole parfait pour mon propos. » Les négociations entourant ces produits sont souvent obscures et motivées par des intérêts cachés, laissant le consommateur dans l'ignorance. Le réalisateur a rencontré de grandes difficultés pour obtenir des témoignages sur ces pratiques, beaucoup ayant peur des représailles.
Cela ne l’a cependant pas empêché d’affirmer que certaines choses dans son film sont atténuées pour éviter de tomber dans le caricatural. « J’ai eu vent d’anecdotes folles de négociations, comme des ordinateurs jetés par la fenêtre », confie Dechaux, révélant une réalité parfois plus troublante que la fiction.
Un regard optimiste
Toutefois, le film conserve une ambiance de thriller, permettant d’informer sans devenir ennuyeux. L’empathie pour l’héroïne s'intensifie alors qu’elle jongle entre différents intérêts. « Le système montre des signes d’essoufflement », analyse Anthony Ducreux, faisant écho à une colère agricole grandissante. Une commission d’enquête au Sénat traite déjà des marges pratiquées par la distribution.
Dechaux prévoit même de projeter son film au Sénat, avec l'espoir d’initier un véritable changement politique. Ce long-métrage, qui s'inscrit dans une liste de films dédiés aux défis des agriculteurs comme Petit Paysan, ou Au nom de la terre, se veut un puissant vecteur de prise de conscience. « Cette cause touche en cœur beaucoup de gens en France », conclut le réalisateur, convaincu que les mentalités peuvent évoluer positivement.







