Pour contrer l'invasion des petits colis en provenance d'Asie, jugés comme une concurrence déloyale, le gouvernement français a introduit une taxe de deux euros sur chaque colis importé par avion depuis le 1er mars. Cependant, moins d'un mois après sa mise en œuvre, des entreprises comme Shein et Temu ont rapidement ajusté leur logistique afin d'éviter cette imposition, mettant ainsi en péril de nombreux emplois en France.
Cette taxation, applicable aux marchandises importées hors Union européenne évaluées à moins de 150 euros, est calculée « par article, même si plusieurs sont regroupés dans le même colis ». Par exemple, un colis unique valant 100 euros se verra taxé de deux euros, tandis qu’un colis à la même valeur contenant dix articles distincts sera soumis à une taxe totale de vingt euros.
Un vide inquiétant dans les entrepôts
Selon des informations recueillies par franceinfo, l'entrée en vigueur de cette taxe a déjà entraîné une réduction des vols de fret de « environ cinquante » par semaine à l'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle, illustrant un vide alarmant dans les centres logistiques.
Dans un entrepôt de 10 000 mètres carrés, des employés se retrouvent à passer leur temps à « jouer à des jeux » pour combler l'ennui, comme l'indique François Xavier, salarié préoccupé par son avenir. « Quand nous venons au travail, c'est pour subvenir à notre famille. Aujourd'hui, nous sommes dans l'incertitude », déplore-t-il.
Un changement radical en un clin d'œil
Auparavant, cet entrepôt gérait environ 200 000 colis par jour. Frédéric Campagnac, le président de Clevy Links, référence en dédouanement, souligne : « Tout a été stoppé en une journée. » Pour éviter la taxe, Shein et Temu font désormais atterrir leurs cargaisons en Belgique, aux Pays-Bas ou en Pologne, où aucune telle imposition n'existe. En Pologne, Shein a récemment construit un vaste entrepôt à Wroclaw, pour faciliter cette manœuvre.
Ces colis rejoignent ensuite la France par camion. Frédéric Campagnac s'inquiète : « La logique de la taxe a conduit à la destruction de notre système logistique, sans toucher les e-commerçants. »
Une réponse gouvernementale mitigée
Alors que le gouvernement français montre peu de signes de rétraction concernant la taxe, un regard vert sur l'Italie, qui a suspendu une mesure similaire pour éviter des conséquences économiques négatives, pourrait servir d'exemple. À l'échelle européenne, un nouveau droit de douane de trois euros est prévu pour juillet, augmentant la pression déjà pesante.
Les professionnels du secteur espèrent, pour contrer le défi de la fast-fashion, l'adoption d'une loi anti-fast fashion avant l'été, comme rapporté par France Bleu. Ce projet de loi, qui a reçu un soutien large au Parlement, propose des malus financiers pour réguler cette industrie tout en interdisant la publicité pour les marques d’ultra fast fashion. Malheureusement, les discussions entre Paris et Bruxelles semblent bloquer son adoption.







