Les exportations de vins et spiritueux français : une chute de 17 % et un nouvel espoir en Afrique et en Inde

Les producteurs français se réinventent face à une baisse alarmante des exportations.
Les exportations de vins et spiritueux français : une chute de 17 % et un nouvel espoir en Afrique et en Inde
Des bouteilles de vin - Unsplash / Illustration
Après un cru 2025 compliqué par des droits de douane en Chine et aux États-Unis, le secteur viticole espère redresser la barre en 2026 en se tournant vers de nouveaux marchés prometteurs.

Le secteur viticole français traverse une période difficile. Lors de l'ouverture du salon Wine Paris, la Fédération des exportations de vins & spiritueux (FEVS) a annoncé une nouvelle baisse préoccupante des exportations pour 2025.

Après une diminution de 5,9 % en 2023 et de 4 % en 2024, les prévisions pour 2025 indiquent un effondrement de 8 %, portant les exportations à 14,3 milliards d'euros, contre 17,2 milliards en 2022. Ce déclin de 17 % en seulement trois ans est alarmant.

Les tensions géopolitiques avec les États-Unis, exacerbées par des mesures de Donald Trump, ont eu un impact majeur. Les augmentations tarifaires, initialement menaçantes à 200 %, ont été finalement révisées à 15 %.

"Cela a causé une panique chez les consommateurs, déplore Jean-Marie Fabre, président des Vignerons indépendants de France. Avec un taux de change dollar/euro désavantageux, le coût total pour les clients a grimpé de 35 %. Naturellement, la consommation en souffre."

Les exportations vers les États-Unis ont chuté de 21,2 %, atteignant 3 milliards d'euros. La Chine ne s'en sort pas mieux, affichant 767 millions d'euros d'exportations et une perte de 20 % en raison de mesures anti-dumping qui ont fait grimper les prix. Face à ce protectionnisme, le secteur viticole français se réinvente et envisage de nouveaux marchés.

"L'Afrique représente un marché potentiel immense et nous y investissons énormément, se réjouit Philippe Casteja, membre du bureau de la FEVS. La population commence à avoir accès à nos produits, et la France y est déjà bien implantée."

Un accord douanier conclu avec l'Inde

Les résultats encourageants viennent notamment d'Afrique du Sud, où les exportations ont bondi de 22 %, atteignant 182 millions d'euros. Le secteur revendique activement un accord commercial avec ce pays, semblable à celui récemment signé avec l'Inde. Cette entente, conclue fin janvier, promet de réduire les tarifs douaniers de 120 % à 75 %, puis à 20 % d'ici sept ans.

Jean-Marie Fabre mentionne : "À Wine Paris, plusieurs vignobles français ont été approchés par des importateurs indiens, c'est une première et une très bonne nouvelle. La réputation des vins français est bien établie, et nous avons l'intention de capitaliser sur cette notoriété sur un marché où les jeunes veulent découvrir."

L'Inde a ainsi été identifiée comme une destination clé dans le rapport annuel de la FEVS, tout comme l'Australie. Ce pays, quatrième producteur mondial, compte des consommateurs avertis à la recherche de produits de luxe, rappelle Philippe Castéja. Bien que ces marchés présentent de réelles opportunités, il est essentiel de garder à l'esprit que les volumes actuels demeurent insignifiants par rapport aux pertes subies.

"Ces marchés sont intéressants pour ceux qui peuvent s'engager sur le long terme. On doit développer et accompagner l'offre aux besoins spécifiques de ces populations, qui évoluent chaque année. Il ne faut pas toutefois espérer des résultats immédiats; il s'agit d'une progression soutenue," souligne Philippe Castéja.

Les perspectives pour 2026 seront-elles sombres ?

Jean-Marie Fabre tempère en évoquant la stabilisation des tendances internationales : "Les arbitrages deviennent plus favorables aux produits plaisir. À Wine Paris, nous avons noté un regain d'intérêt des importateurs américains."

Peut-être le marché américain, qui a pléthore de stocks en raison des mesures prises par Trump, ressent-il une certaine pression. À la fin de 2024, bon nombre de commerçants avaient rempli leurs caves par précaution.

Philippe Castéja conclut : "Je ne pourrais pas affirmer que 2026 sera une période faste, mais elle devrait être moins éprouvante que 2025. Cela prend du temps à se reconstruire, mais les tensions avec la Chine et les États-Unis semblent se relâcher. Ainsi, une reprise est envisageable, bien que très loin des niveaux de 2022, je reste optimiste pour une reprise vers la croissance," assure l'ancien président de la FEVS.

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