Cinq ans de prison, dont trois ferme, ont été souhaités vendredi par le parquet à l'encontre de l'ancien maire de Saint-Etienne, Gaël Perdriau. Jugé en appel à Lyon pour chantage à la sextape, la peine demandée est similaire à celle prononcée lors du premier procès.
L'avocat général, Olivier Nagabbo, a interpellé l'accusé en ces termes : "Qu'avez-vous fait de vos valeurs, de votre honneur, de vos électeurs ?" Il a souligné l'inadmissibilité d'un tel comportement pour le maire d'une grande ville française. Selon lui, cela illustre une dérive grave en matière de moralité publique.
Agé de 53 ans, Perdriau rejette avec vigueur toute implication dans ce qu'il qualifie de "kompromat sexuel", une affaire révélée par Médiapart en 2022. En hiver dernier, il avait déjà purgé deux mois de détention préventive dans le cadre d'une condamnation à cinq ans de prison, dont quatre fermes.
Trois de ses anciens associés, eux aussi condamnés à des peines de prison, ont reconnu leur culpabilité dans ce qu'ils décrivent comme une "barbouzerie" orchestrée en 2015 contre Gilles Artigues, son premier adjoint. Ils confessent avoir engagé un prostitué pour le filmer à son insu, affirmant que Perdriau aurait été le maître d'œuvre de cette opération destinée à étouffer les ambitions politiques d'Artigues.
Deux d'entre eux ont fait appel, espérant obtenir des peines plus légères. L'avocat général a par ailleurs requis des sanctions similaires ou plus sévères pour leurs complices, dont l'ex-adjoint à l'éducation, Samy Kefi-Jérôme, et le réalisateur du piège, Gilles Rossary-Lenglet.
La situation de l'ancien directeur de cabinet du maire, Pierre Gauttieri, décrit par plusieurs ex-collaborateurs comme un personnage colérique, est moins controversée, puisqu'il a choisi de ne pas faire appel de sa peine de deux ans.
L'avocat général a dénoncé les motivations égoïstes qui ont conduit ces hommes à agir : pour l'argent, pour l'influence, ou par loyauté maladive envers Perdriau. Il a affirmé que chacun d'entre eux a agi pour ses propres intérêts, sans prendre en considération les conséquences sur les victimes.
Vendredi, la victime, Mireille Artigues, a témoigné du calvaire vécu par sa famille, décrivant un parcours sombre et dépressif pour son mari, Gilles, qui a dû renoncer à ses ambitions politiques sous la pression du chantage. L'avocate de la victime a qualifié ces hommes de dangereux, désignant Perdriau comme le plus néfaste parmi eux.
"Tout cela pour des querelles politiques inacceptables !" a crié Mireille en lançant un regard accusateur à l'ancien maire. Pendant ce temps, leurs quatre enfants soutenaient leur père, visiblement abattu.
Après avoir présenté ses excuses à la famille Artigues, Perdriau a évoqué des traumas personnels de son passé. Tous deux ont témoigné de la manipulation et de la pression subies au fil des années.
En entretien, Perdriau s'est décrit comme une "victime collatérale" du complot orchestré par Gauttieri et ses complices. Ses avocats auront cependant à faire face à des preuves accablantes, notamment un enregistrement dans lequel Perdriau évoque la menace de diffusion de la vidéo compromettante.
Sa défense sera ainsi confrontée à un cas de figure complexe, Perdriau affirmant avoir pris connaissance d'une vidéo compromettante sans en connaître les détails, une assertion qui soulève des doutes, et son avocat a demandé à la cour de peser toutes les nuances de l'affaire.







