Lors d'une audience à Paris, six Géorgiens ont vu jusqu'à huit années de réclusion ferme requises à leur encontre. Ils sont accusés d'avoir dérobé des œuvres précieuses, notamment celles d'Alexandre Pouchkine, au sein de prestigieuses bibliothèques françaises à Paris et Lyon.
Le procureur a décrit ces actes comme un « vol de trésor », caractérisé par une organisation minutieuse et cynique. Les prévenus, qui font face à des charges d'association de malfaiteurs et de vol de biens culturels exposés, sont jugés depuis mardi.
Trois des prévenus sont actuellement en détention, dont Mikheïl Z., un homme de 50 ans soumis à une peine de trois ans et quatre mois en Lituanie pour des infractions similaires, et Beqa T., 49 ans, condamné à trois ans et six mois en Estonie. Deux autres accusés sont absents, ayant été condamnés à cinq ans de prison en Géorgie, un pays qui ne pratique pas l'extradition.
Les charges les plus sévères visent Mikheïl Z., considéré comme le leader de ce réseau criminel. Une interdiction définitive du territoire français a également été demandée à son encontre. Pour Beqa T., le procureur a requis six ans de prison, tandis que la femme comparaissant libre risque trois ans, dont deux avec sursis probatoire.
Les vols ont eu lieu durant l'année 2023, notamment à l’École normale supérieure à Lyon, à la Bibliothèque nationale de France (BnF), et à la Bibliothèque universitaire des langues et civilisations à Paris. Selon l’accusation, deux équipes distinctes ont mené ces opérations : une comprenant des jeunes, adoptant des méthodes plus classiques, tandis que l'autre a fait preuve de davantage d'expérience en recourant à des tactiques innovantes.
Leur méthode consistait à se rendre dans les bibliothèques pour examiner ces ouvrages rares, prenant des mesures et des photographies avant de revenir pour échanger ces trésors contre des fac-similés de qualité. À la BnF, six éditions originales de Pouchkine, ainsi que des œuvres de Mikhaïl Lermontov et d'Evgueni Baratynski, ont été subtilisées sans éveiller de soupçons, entraînant un préjudice estimé à 770 000 euros selon Me Bernard Grelon, défenseur de l’agent judiciaire de l'État.
Le procureur a souligné l'importance culturelle de Pouchkine en tant que « fondateur de la littérature russe moderne », qualifiant ses œuvres de « reliques nationales ». Posséder un livre de Pouchkine est perçu comme un symbole de l'identité nationale en Russie.
La complexité de ce dossier est accentuée par son envergure internationale, avec des prévenus visés par des dossiers similaires dans de nombreux pays européens. Le montant cumulatif des préjudices évalue que plus de 2,6 millions d'euros sont concernés.
Face à cette menace, une enquête commune, orchestrée par Europol et Eurojust, a été mise en place, permettant d'interpeller plusieurs membres de ce réseau en avril 2024. La question fondamentale demeure : s'agit-il seulement de voleurs cherchant à maximiser leurs gains financiers, ou la situation implique-t-elle une ingérence étrangère ? Cette interrogation reste sans réponse à l'issue de l'audience.
Le verdict final sera connu suite aux plaidoiries des avocats de la défense.







