L'alignement d'arménie sur washington : une diplomatie en mutation

L'Arménie choisit Washington au détriment de Paris, un tournant géopolitique majeur.
L'alignement d'arménie sur washington : une diplomatie en mutation
Le vice-président américain J.D. Vance et le Premier ministre arménien Nikol Pachinian se serrent la main après une conférence de presse conjointe à l’issue de leurs entretiens à Erevan, le 9 février 2026. AFP

La récente visite du vice-président américain J.D. Vance en Arménie et en Azerbaïdjan marque un tournant crucial dans la dynamique politique du Sud-Caucase. Pour Raphaëlle Auclert, enseignante-chercheuse, cette visite illustre comment Washington est devenu un acteur dominant dans les négociations régionales, reléguant la France au second plan.

Entre le 9 et le 11 février, Vance a visité Erevan et Bakou avec un message clair : le Sud-Caucase est désormais une priorité géopolitique pour les États-Unis. L'objectif affiché de cette mission était de faciliter la paix, selon les accords trilatéraux conclus l'été dernier à Washington. Pourtant, cette volonté de paix s'accompagne d’un soutien fort du gouvernement arménien à une alliance avec les États-Unis, au détriment de Paris, malgré le long engagement diplomatique de la France dans cette région.

Le « canal de Panama du Caucase »

Un des enjeux majeurs de la visite est le développement de la « route de Trump pour la paix et la prospérité internationale » (TRIPP). Ce corridor de transport de 43 kilomètres à travers la provinciale arménienne de Syunik est destiné à relier l’Azerbaïdjan et son exclave, le Nakhitchevan. Ce projet s’inscrit dans le cadre plus large de la route transcaspienne, consolidant l’influence américaine dans un axe commercial mondial décisif et représentant un coup majeur pour l’économie et la géopolitique régionales. Les prévisions de trafic commercial vont de 3 millions de tonnes en 2024 à jusqu'à 11 millions d'ici 2030.

Ce réseau permettra de réduire considérablement le temps de transport entre la Chine et l'Europe, ce qui représente un défi direct à l’influence de la Russie et de la Chine dans la région. En s'engageant dans cette direction, les États-Unis s'assurent un contrôle significatif sur les flux commerciaux dans cette artère stratégique.

La France hors jeu

Les récentes révélations concernant l'accord TRIPP, signé en août dernier entre l’Arménie et les États-Unis, jettent un nouveau éclairage sur les relations franco-arméniennes. En acceptant un bail de 99 ans, l’Arménie a cédé 75 % du contrôle du projet au profit des États-Unis, entourant ainsi la France d'une ombre de trahison après des années de médiation. Ce projet, chargé de construire des infrastructures essentielles, détermine un virage sans précédent dans la diplomatie de l'Arménie.

Malgré une offre d'investissement économique robuste de 9 milliards de dollars de la part des États-Unis, la France reste en retrait, perdant ainsi beaucoup de terrain dans un contexte où son influence était déjà affaiblie sous les précédents mandats. Le refus de négocier émanant des autorités russes envers le président français Macron témoigne également de ce recul.

Quand Pachinian s’aligne sur Washington

La présence historique de Vance en Arménie a été accueillie comme un signe de changement significatif par le gouvernement de Nikol Pachinian. Son éloge envers le président américain, le qualifiant même de candidat au Prix Nobel de la paix, illustre clairement cette nouvelle orientation appuyée par des choix stratégiques concrets.

Par contraste, les efforts diplomatiques français, bien que significatifs, semblent avoir peu d’impact, laissant la France en dehors des grandes décisions concernant la paix en région. Le soutien manifeste d'Ursula von der Leyen lors d'une rencontre avec Pachinian, bien qu'historique, n’aura pas suffi à équilibrer le poids croissant de Washington.

Le gouvernement Pachinian a fait le choix de se passer de l’appui de la France

Les retombées de cette nouvelle dynamique laissent présager d'un changement de paradigme dans la manière dont l'Arménie envisage ses partenaires internationaux. La diplomatie française, face à une situation aussi complexe, devra réévaluer sa position afin de rester pertinente dans un contexte de rivalités globales.

Sources :

1. Les États-Unis prennent la tête des négociations de paix dans le Caucase, tandis que la France est écartée. RFI, 17 janvier 2026.

2. La Russie s’indigne de la divulgation par la France de la conversation téléphonique de Vladimir Poutine sur le « ice hockey ». The Telegraph, 6 juillet 2022.

3. Macron décrypté : ce qu’il a dit dans son SMS à Trump — et ce qu’il voulait vraiment dire. Politico, 20 janvier 2026.

4. Communiqué de presse conjoint : L’UE et l’Arménie réaffirment leur partenariat lors d’une rencontre des dirigeants, site du Conseil européen, 14 juillet 2025.

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