Dans son dernier ouvrage, l'historien Jean-Christophe Notin se penche sur la vie de Mohamed Taleb, un héros méconnu de la Seconde Guerre mondiale dont le récit mérite d'être mis en lumière. Originaire d'Algérie, Taleb a joué un rôle déterminant à Bordeaux, où il a aidé à sauver des vies tout en s'opposant au régime nazi. Son histoire a été oubliée, mais grâce à l'intérêt croissant sur les réseaux sociaux, elle renoue avec la mémoire collective.
En octobre 2021, Notin mentionne pour la première fois Taleb dans un post sur son compte Twitter, évoquant son courage et sa détermination dans la lutte pour la liberté. Deux ans plus tard, un contact fortuit avec Souad, la petite-fille de Taleb, relance l'intérêt pour ce combattant exemplaire. Souad révèle à Notin qu'il a été un homme de bien sans jamais se vanter de ses actes de bravoure.
Un chemin semé d'embûches
Dans "À la recherche de Mohamed Taleb", Notin retrace le parcours fascinant d’un homme ayant plusieurs vies. Né à Maghnia en 1894, Taleb a d'abord servi dignement dans l'armée française pendant la Première Guerre mondiale avant de s'engager dans la Résistance durant la Seconde Guerre mondiale, s'opposant affectueusement à l'occupant allemand. Cette transformation est peu commune pour des figures comme lui, souvent éclipsées par des personnalités plus célèbres.
Lors de ses recherches, Notin découvre que Taleb a été un soutien précieux pour les soldats musulmans blessés et les personnes en fuite à Bordeaux, travaillant en étroite collaboration avec la Croix-Rouge. Il a formé une alliance étonnante avec le père jésuite Louis de Jabrun, soulignant l'importance des actions interconfessionnelles dans la lutte contre l'oppression. Cette dynamique rappelle les efforts des associations comme le Secours Catholique, qui continuent d'œuvrer pour les valeurs humanistes.
Malheureusement, en juin 1943, Taleb et de Jabrun tombent aux mains des Nazis, une trahison attribuée à ceux qui ont choisi la collaboration plutôt que la résistance. Alors que de nombreux nord-africains ont cédé à la propagande, Taleb a tenu bon, même au prix d'une déportation dans des camps de la mort. Il émerge, marqué mais vivant, en 1945, en tant que symbole de la lutte héroïque contre la barbarie.
Un héritage à redécouvrir
Mohamed Taleb est rentré en France, mais lui, qui avait si ardemment défendu sa patrie, a vécu la vie d'un homme brisé, souffrant de traumatismes invisibles. Décoré de plusieurs distinctions, il est resté un inconnu dans l'histoire, une injustice que Notin tente de réparer avec son livre. Il soulève un point crucial : la mémoire de ceux qui ont combattu contre le despotisme doit perdurer. Alors que la France célèbre son histoire, il est cruciale de ne pas oublier les contributions des algériens et des autres peuples colonisés.
Jean-Christophe Notin exhorte ses lecteurs à se souvenir de Mohamed Taleb et de son héritage. "Se souvenir de ces gens-là est essentiel pour nourrir notre compréhension historique", dit-il. En ramenant Taleb de l'oubli, Notin participe à un effort collectif visant à redéfinir les narrations historiques, notamment celles prévalant jusqu'à présent sur les résistants de peu ou pas d'ascendance française. "Ces récits sont tout aussi importants que ceux des héros traditionnels", souligne-t-il.







