Après plus de vingt-cinq ans de discussions, l'Union européenne se prépare à signer, le 17 janvier, l'accord de libre-échange avec le Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay) à Asunción. Ce traité, considéré comme l'un des plus ambitieux jamais conclu par l'UE, vise à instaurer une vaste zone de libre-échange, touchant environ 720 millions d'habitants. Toutefois, cette étape clé survient dans un climat politique et social particulièrement tendu, alimenté par des préoccupations persistantes au sein du secteur agricole européen et des fractures entre États membres.
Le 16 janvier, Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, et Luiz Inácio Lula da Silva, président brésilien, ont salué ce qui est présenté comme un « accord bénéfique pour le multilatéralisme ». Les deux leaders soulignent l'importance de ce partenariat pour promouvoir la démocratie et la coopération en matière d'environnement et de climat. Cette perspective est également corroborée par les analystes, qui voient en cet accord une opportunité pour l'UE de renforcer sa présence commerciale et diplomatique dans une région clé, en concurrence avec la Chine et les États-Unis.
Ce traité ne se limite pas à des promesses économiques. Il inclut également des engagements politiques et environnementaux, ce qui a soulevé des espoirs et des scepticismes parmi les États membres. Alors que certains voient une chance d'augmenter les exportations de produits européens, comme les voitures et les spiritueux, d'autres, notamment dans des pays comme la France, l'Irlande et l'Autriche, craignent une concurrence jugée déloyale pour leurs agriculteurs locaux, inquiets de normes sanitaires et environnementales inégales.
Les tensions montent alors que des mobilisations d'agriculteurs s'intensifient, culminant avec des manifestations prévues à Bruxelles, où des milliers de personnes pourraient exprimer leurs inquiétudes face à un accord qu'ils estiment menacer leur survie économique. Dans ce contexte, Emmanuel Macron maintient sa position de réticence, exigeant un renforcement des clauses de protection des agriculteurs français, mais se heurte à une majorité d'États favorables à la signature.
Le Conseil de l'UE a donné son feu vert le 9 janvier. Toutefois, les débats autour des implications de ce traité portent des enjeux plus vastes, soulignant des questions sur la vision de la mondialisation et des priorités agricoles en Europe. À la veille de cette démarche déterminante, l'Europe doit faire face à un choix stratégique, mettant en balance son avenir commercial et ses aspirations géopolitiques.







