Mercredi, des associations ont pris la parole au Sénat pour dénoncer un "système qui préserve le silence" autour des violences, notamment sexuelles, qui se produisent dans le périscolaire. "La famille alerte, l’institution minimise ou se tait, et l'agent concerné conserve souvent son poste", a déclaré un représentant de SOS Périscolaire.
Cette audition s'inscrit dans le cadre de la mission d'information du Sénat sur ces violences. Selon la rapporteure Agnès Evren, sénatrice LR de Paris, un des objectifs est de "rassembler au niveau national une cartographie des violences pour mieux apprécier leur ampleur".
Le collectif SOS Périscolaire a reçu des témoignages de plus de 530 familles, provenant de 70 départements et 16 régions. Créé en 2021, ce collectif a vu le Parquet ouvrir des enquêtes sur 84 écoles maternelles, une vingtaine d'élémentaires et plusieurs crèches à Paris, entraînant la suspension de 132 animateurs depuis le début de l'année.
Selon les données fournies par Elisabeth Guthmann, cofondatrice de SOS Périscolaire, 60% des signalements concernent des violences psychologiques, 33% des violences physiques et 20% des violences sexuelles. L'association accompagne actuellement 75 familles en justice, souvent pour des cas de viols et d'agressions sur des enfants de 3 à 6 ans.
MeTooEcole, également présente lors de l'audition, a révélé que 40% des violences sexuelles sur mineurs se produisent à l'école ou dans le périscolaire. Ce phénomène reste cependant "mal mesuré" et "sous-estimé". Les deux associations soulignent la répétition d'un schéma problématique : les alertes des familles sont généralement minimisées ou ignorées, et les agents incriminés maintiennent souvent leur emploi ou changent d'établissement, continuant ainsi à poser un risque.
Les témoignages reçus indiquent que les institutions se renvoient mutuellement la balle concernant la responsabilité. L'école se décharge vers la commune, qui à son tour refuse d'agir, disant que cela relève de la justice. SOS Périscolaire fait état d'un silence oppressant : "Trop souvent, les familles ignorent même qu'un adulte soupçonné de maltraitance a eu leur enfant sous sa responsabilité, en raison du secret de l'enquête".
"L'enfant qui parle" est souvent traité de "menteur", de l'animateur aux autorités judiciaires, et même certaines communes vont jusqu'à menacer de plaintes en diffamation ceux qui osent faire des signalements, a insisté Elisabeth Guthmann.
Malgré l'obligation légale qui impose aux autorités et fonctionnaires de signaler tout crime au procureur, SOS Périscolaire rapporte que cela reste peu appliqué, même dans une ville comme Paris. Nathalie Bucquet, avocate pour Innocence en danger, a souligné un manque de ressources dans certains départements, rendant les enquêtes difficiles.
Le constat de MeTooEcole reflète un problème systémique : "La chaîne de protection est défaillante". Barka Zerouali, cofondatrice de l'association, a également noté des lacunes en matière de prévention, de recrutement, et de contrôle des animateurs.
Les familles signalent des méthodes d'audition des enfants qui laissent à désirer. Un exemple de cela a été rapporté par une cofondatrice anonyme de SOS Périscolaire, décrivant comment, après une plainte à Colombes, 90 enfants furent interrogés en une seule après-midi par deux officiers sans respecter les protocoles adaptés pour les victimes.
Ces situations entraînent des conséquences graves pour les familles, qui doivent faire face à des frais de justice et de soins psychologiques. Beaucoup sont contraintes de changer d'école ou de travailler, menaçant ainsi l'intégrité des enfants, alors que ceux qui sont suspects restent impunis.







