Un rapport des inspections générales de l'Igas et de l'IGESR, rendu public le 26 juin, souligne des défaillances notables dans l'enseignement supérieur privé lucratif en France, mettant ainsi en danger environ 400 000 étudiants.
Ce document met en garde contre la possibilité de faillites de nouveaux établissements cette année, citant des « contrôles défaillants » de la part des autorités, tout en formulant des recommandations pour assurer une meilleure protection des étudiants. « Les défaillances d’établissements devraient se poursuivre dans les prochains mois », avertissent les inspecteurs, appelant les pouvoirs publics à « se mobiliser pour garantir un accompagnement adéquat des étudiants dans leurs études », selon un communiqué de l'Igas.
Le rapport émane d'une mission lancée en mai 2025, qui s'interroge sur l'utilisation des fonds publics et sur la qualité des formations dans ce secteur en plein essor, où les frais de scolarité annuels s'élèvent parfois à 10 000 euros.
Une des raisons de ces alertes découle des révélations du livre Le Cube de la journaliste Claire Marchal, qui a exposé les dérives au sein du groupe Galileo Global Education, notamment des frais non remboursables, des classes surchargées, une réduction du nombre d'heures de cours et une recherche de rentabilité au détriment de la qualité.
Le rapport indique que cette dynamique de croissance s'accompagne d'un endettement important, mettant en péril la viabilité de nombreuses écoles. Les inspections soulignent : « Les niveaux de dette actuellement observés exposent certains groupes à des fragilités financières croissantes ».
Parmi les établissements inspectés figuraient Galileo Global Education, détenu par un fonds de pension public canadien, et le Collège de Paris. Ce dernier a déjà fait l'objet de procédures de sauvegarde pour prevenir des conséquences néfastes sur les étudiants.
Risque « systémique »
Le rapport appelle à exiger des groupes dont la fermeture comporterait un risque « systémique » la mise en place d'un plan visant à sécuriser la poursuite des études des étudiants. Il propose également d'interdire les mentions « bachelor » et « mastère » qui prêtent à confusion avec les diplômes nationaux.
Le ministre de l’enseignement supérieur, Philippe Baptiste, a exprimé son soutien aux recommandations du rapport, qui s'alignent sur un projet de loi de régulation du secteur adopté par le Sénat en juin. « L’objectif, c’est d’éliminer les malfaiteurs du secteur qui nuisent à la réputation des établissements privés », a-t-il déclaré.Les inspections concluent que l'absence de régulation et les insuffisances dans les dispositifs de contrôle et d'évaluation ont permis à des établissements présentant de graves dysfonctionnements de perdurer, alors que d'autres affichent des performances positives. Le rapport mentionne également que les groupes comme Talis Education et le Collège de Paris sont sous procédure de sauvegarde, tandis que d'autres telles que Digital College ont récemment fait l'objet de liquidations judiciaires.
Depuis l'entrée en vigueur de la loi sur l'apprentissage en 2018, le secteur privé a connu une forte croissance, mode où la plupart des écoles à but lucratif sont gérées par des groupes privés, souvent influencés par des fonds d’investissement à la recherche de bénéfices, contrairement aux établissements à but non lucratif. Les subventions publiques liées à l'apprentissage peuvent représenter de 50 à 70 % des revenus de ces écoles.







