Le Parlement est sur le point d'approuver, mardi, une mesure visant à allonger la durée de rétention administrative des étrangers en situation irrégulière jugés dangereux. Cette proposition, fortement critiquée par l'opposition de gauche, est présentée par la droite comme une réponse au tragique meurtre de la jeune Lyhanna en 2024.
Après un vote du Sénat où 233 voix ont approuvé la loi contre 102, un dernier vote des députés, prévu dans l'après-midi, doit permettre d'adopter définitivement la proposition portée par Charles Rodwell, élu Renaissance, et soutenue par le gouvernement, la droite et le Rassemblement national.
Alors que la classe politique reste marquée par la mort tragique de Lyhanna, 11 ans, les députés évoquent également le meurtre d'une étudiante philippine, un événement ayant profondément choqué la société.
Le principal suspect, un Marocain, faisait déjà l'objet d'une obligation de quitter le territoire (OQTF) et venait de sortir de rétention au moment des faits. Selon des sources proches de l’enquête, il était mis en examen pour "meurtre et récidive" ainsi que pour "viol en récidive".
Actuellement, un étranger en situation irrégulière peut être placé en centre de rétention administrative (CRA) pour une période maximale de 90 jours. Ce délai peut atteindre 180 jours pour ceux condamnés pour terrorisme. La nouvelle loi propose d'étendre cette durée à 210 jours dans les cas où l'individu représente un risque "réel et actuel" pour l'ordre public.
Les étrangers condamnés pour crimes graves, passibles de cinq ans minimum de prison, seront donc concernés par cette nouvelle législation. Charles Rodwell défend cette initiative en déclarant qu'elle établit un "équilibre juste" entre la protection des libertés publiques et la sécurité des citoyens, un point de vue également soutenu par d'autres représentants de la majorité.
Cependant, les critiques abondent, en particulier chez la gauche. Plus de 40 000 personnes ont été retenues dans des CRA en 2024, selon les données des organisations de défense des droits humains. Ces établissements sont souvent décrits comme surpeuplés et les experts craignent qu'un allongement de la rétention n'aggrave la situation. Jean-Jacques Lozach, sénateur socialiste, a exprimé des préoccupations sur la viabilité de ces centres, déclarant : "Prolonger la rétention ne fera qu'engorger des centres déjà saturés".
Outre la durée de rétention, le texte prévoit également des mesures aditionnelles comme l'injonction d'examen psychiatrique, visant à détecter les individus susceptibles de passer à l'acte terroriste, un aspect salué par Rodwell comme potentiellement préventif de futurs attentats.
Finalement, cette loi introduit aussi la notion de "rétention de sûreté terroriste", permettant de placer certaines personnes dans des centres de soins après leur peine, si elles sont jugées dangereuses. Ces dispositions suscitent déjà un vif débat sur la compatibilité de telles mesures avec les droits fondamentaux, soulignant les tensions existantes entre sécurité nationale et droits individuels.







