(Pour Christophe Gleizes)
Il y a deux décennies, Jean-Marie Brohm et moi-même avons approfondi le sujet du football dans un livre critique n’abordant pas seulement ses excès, mais bien son rôle sociétal. Loin de se limiter aux débordements, notre analyse visait à mettre en lumière une réalité cruelle : le football comme projet de société, un ultime projet d’une société sans projet.
Nous avons cherché à dénoncer non seulement les dérives apparentes telles que l’argent, la violence et le racisme, mais également le fonctionnement idéologique et politique du football, devenu un fléau social qui façonne des individus dont la seule religion est l’adoration pour leur équipe. Le phénomène du football s’est transformé en une véritable peste émotionnelle.
Le Qatar et le PSG: une alliance troublante
Est-il raisonnable de se réjouir des victoires du PSG, comme l’ont fait de nombreux politiques et journalistes hypnotisés par le ballon rond ? Pour ma part, je n’ai ressenti aucune joie face à une équipe dont les maillots portent le nom du Qatar, un pays aux pratiques douteuses en matière de droits de l’homme. Pendant que certaines voix politiques s’inquiétaient de l’ordre public, d’autres dénonçaient les actions des forces de l’ordre qui tentaient d’encadrer la fête.
Le PSG illustre bien le rôle de cheval de Troie du Qatar dans le football. Nombre de jeunes, souvent démunis, vivent leur passion pour une équipe de riches joueurs, dont l’univers leur est totalement étranger. Arborer le maillot du PSG devient une forme d’affirmation sociale, mais cette “intégration” ne fait que renforcer l’isolement individuel dans une société qui se désagrège.
Football: un instrument de contrôle social
Alors que la Coupe du monde approche, il est essentiel de rappeler que le football ne reflète en rien notre société mais en est l’une des manifestations les plus délétères. Les récentes émeutes qui ont suivi les victoires du PSG sont le symptôme d’une jeunesse qui, incapable de se libérer du joug d’un divertissement obsédant, tourne le dos à toute réflexion critique.
Le spectacle du football repose sur une compétition brutale où la victoire est le seul but, intégré par des supporters qui, sans analyse, célèbrent un monde basé sur l’élimination. Ce phénomène se traduit par des comportements collectifs hystériques, couronnés par une violence souvent débridée.
Les retours chocs d’une telle passion sont alarmants : plusieurs morts et des centaines de blessés lors d’émeutes. La folie collective s’installe, nourrie par les images diffusées sur des écrans omniprésents, où la rencontre sportive devient un spectacle de destruction plutôt qu’une célébration.
Cette footballisation de l’esprit, tant soutenue par des intellectuels, est devenue une drogue pour une génération entière, engluée dans un brouhaha médiatique permanent. Edgar Morin ne se trompait pas en parlant de l’« instant extatique » que suscite une victoire.
Coupe du monde 2026: un miroir d’une Amérique controversée
La prochaine Coupe du monde, principalement basée aux États-Unis, soulève déjà des questionnements. Bien que coorganisée avec le Canada et le Mexique, elle s’annonce comme une illustration de l’influence croissante du capital sur le sport. Est-ce un hasard si le président de la FIFA, Gianni Infantino, apparaît comme un sous-fifre de Donald Trump ?
Le coût exorbitant des billets et l’ampleur de la compétition envoient un signal clair sur le devenir du football au niveau international. Bien que le pays soit historiquement peu enclin envers ce sport, la FIFA semble désireuse d’en faire un produit universel, malgré la résistance de certaines nations.
Le football est désormais fermement ancré dans la culture de masse, alimentant des tendances négatives telles que la violence et le racisme. Il est devenu la matrice d’un spectacle où les dérives sont non seulement acceptées, mais deviennent le moteur même de sa popularité.
Finalement, en critiquant le duo Trump-Infantino, nous risquons de détourner notre regard des véritables enjeux, notamment la responsabilité du football dans l’érosion de notre intellect collectif.







