À la fin du mois d'avril, le gouvernement a dévoilé un plan ambitieux en 22 mesures pour l'électrification de divers usages, touchant fortement au secteur des transports, qui demeure le principal consommateur d'énergie fossile en France. Cependant, la Fédération nationale des associations d'usagers des transports (Fnaut) Normandie estime que ces mesures se concentrent davantage sur le transport routier. "Il est impératif que ces initiatives incluent également le secteur ferroviaire", déclare la Fnaut.
La fédération met en lumière un paradoxe surprenant : la Normandie génère trois fois plus d'électricité que ses besoins, pourtant, elle fait face à un des réseaux ferroviaires les moins électrifiés de France. En effet, seulement 49% des 1 400 km de lignes normandes sont alimentés, en comparaison avec une moyenne nationale de 62%. En 2024, 26% du trafic des TER normands sera encore réalisé avec des trains à moteur diesel, tandis que ce chiffre n’atteint que 12% en Bretagne.
Incohérences
"Actuellement, la Normandie est la région où l'on utilise le plus la voiture individuelle pour des trajets de 80 km et plus", souligne Daniel Grébouval, président de la Fnaut Normandie. L'électrification des voitures ne réglera pas les problèmes de congestion aux entrées de grandes villes comme Caen, Rouen ou Cherbourg-en-Cotentin. En revanche, si l'on propose des services ferroviaires robustes, des trains alimentés par électricité deviendront attractifs, et leur coût d'entretien sera inférieur à celui des modèles diesel.
Grébouval met en avant des "incohérences", en particulier sur la ligne Caen-Rouen : "Sur 162 kilomètres, 112 kilomètres sont électrifiés, tandis que 50 kilomètres le sont pas. Ainsi, nous avons des trains bimodes qui circulent avec de l’électricité lorsque c'est possible, mais passent au diesel sur les sections non électrifiées. L'électrification de la ligne Elbeuf-Serquigny pourrait permettre d'exploiter des trains électriques sur l'ensemble de ce parcours".
Quatre propositions
La Fnaut propose donc d'électrifier quatre segments de lignes afin de "constituer un réseau cohérent" :
- Rouen-Dieppe, section Malaunay-Dieppe (53 km), avec un trafic passager significatif et un fret lié à la construction de l'EPR de Penly.
- Elbeuf-Serquigny (50 km double voie), indispensable pour une traction électrique sur tout le parcours TER Caen-Rouen, et un itinéraire de secours pour le Paris-Cherbourg ou Deauville-Trouville.
- Saint-Lô-Coutances-Granville (72 km).
- Bréauté-Fécamp (20 km).
La Fnaut Normandie défend également une initiative nationale : l'électrification de la ligne Mézidon-Le Mans-Tours pour créer un grand contournement ouest pour le fret dans la région Île-de-France.
Long terme
Électrifier ces lignes représente un coût. "On estime qu'il faut environ un million d'euros par kilomètre. Bien que ça nécessite un investissement initial, cela permettra un fonctionnement plus rentable sur le long terme", précise Grébouval. Cependant, cela dépendra de nombreux facteurs, tels que le type de voie, la présence de tunnels et autres infrastructures. Il souligne également que ce projet nécessitera un délai d'au moins six à sept ans pour la finalisation des études, ainsi qu'une réflexion sur le renouvellement du parc roulant.
La Fnaut a partagé sa vision avec les parlementaires, élus régionaux, conseils départementaux, agglomérations concernées ainsi que le Conseil économique et social.







