ENTRETIEN. L'ambassadeur d'Israël à Paris, Joshua Zarka, aborde les conflits récents au Moyen-Orient et les relations tendues entre Israël et le Liban, tout en répondant aux questions délicates en toute franchise.
Valeurs actuelles. Le 23 avril dernier, Donald Trump a annoncé l'extension d'un cessez-le-feu au Liban, initialement instauré le 16 avril. Cependant, ce cessez-le-feu est contesté, car les opérations militaires israéliennes se poursuivent.
Joshua Zarka. Je rejette le terme de "vrai-faux" cessez-le-feu. Selon l'accord, Israël est en droit d'agir contre des menaces immédiates, y compris des mouvements armés du Hezbollah.
On prête à Israël des intentions ambiguës dans le Sud-Liban... Deux jours après la signature du cessez-le-feu, le Hezbollah a clairement déclaré qu'il ne comptait pas se désarmer. Depuis, Israël fait l'objet de critiques pour avoir prétendument violé le cessez-le-feu, dont la condition principale était le désarmement de la milice. Cet engagement, pris en 2004 lors de la première résolution de l'ONU, négociée par la France, a été largement ignoré par le Hezbollah.
Des experts doutent de la volonté d'Israël de parvenir à un accord de paix... Israël souhaite effectivement la paix, et je suis convaincu que nous parviendrons à un véritable accord. L'une des conditions incontournables sera la neutralisation des capacités militaires du Hezbollah.
Le désarmement du Hezbollah est-il une condition préalable à l'accord ?... Deux scénarios sont possibles : nous signons un accord dont l'application sera suspendue jusqu'à ce que le Hezbollah se désarme, ou nous attendons leur désarmement avant de signer. Je préfèrerais la première option pour garantir un accord formel.
Et cela pourrait potentiellement faciliter les négociations pour Donald Trump avec l'Iran... Prenons du recul sur la politique. Parvenir à un accord exercerait immédiatement une pression sur toutes les parties pour respecter les conditions établies. Faute de quoi, ce ne serait qu'un document sans valeur, comme tant de résolutions de l'ONU.
Trump prévoit une rencontre entre le président libanais et le Premier ministre israélien. Cela semble-t-il réalisable ?... Oui, cela doit avoir lieu. Une telle rencontre fournirait l'élan nécessaire aux négociateurs pour surmonter leurs difficultés, qui sont réelles.
Le président libanais a-t-il le poids politique suffisant pour instaurer la paix ?... La volonté des responsables libanais est bien présente. Le pays en a assez d'être l'otage d'un conflit qui ne lui appartient pas, un conflit entre l'Iran et Israël via le Hezbollah.
Le peuple libanais réalise que le Hezbollah ne défend pas ses intérêts... Plus l'Iran faiblira, plus les chances de parvenir à un accord et de désarmer le Hezbollah augmenteront. En revanche, de simples forces internationales ne suffiront pas.
Emmanuel Macron envisage un rôle pour la France au Liban... En réalité, si la France avait réellement souhaité aider le Liban, elle aurait agi depuis longtemps. Les décisions récentes, comme l'interdiction de survoler son territoire avec des avions armés pour Israël, perlent d'ironie et de trahison aux yeux d'Israël.
Il existe une perception en France qu'Israël se venge des Libanais... Sur les 352 victimes signalées, des experts estiment que près de 251 étaient des membres du Hezbollah. Les atrocités commencent à faire partie des réalités inévitables de la guerre. Espérons que cette nouvelle guerre soit la dernière avant une paix durable.
Les événements récents soulignent une détérioration des relations entre Israël et la France... Cette dégradation est le résultat d'une suite de décisions françaises perçues comme hostiles, notamment l'interdiction de participation d'Israël aux salons d'armement.
Ces tensions pourraient-elles se traduire par une trahison ?... Oui, cela a été ressenti comme tel en Israël. La France doit comprendre que sa position pourrait nuire aux efforts d'Israël.
Enfin, la France gère mal l'antisémite croissant... Bien que le gouvernement français prenne des mesures contre l'antisémitisme, des cas récents montrent que le système judiciaire peut parfois faillir à ses devoirs.
Quel bilan tire Israël de ses conflits avec l'Iran ?... D'après Israël, la perception de la menace iranienne s'est considérablement réduite depuis la guerre de 2025. L'économie israélienne pourrait connaître un renouveau dès que la situation se stabilisera.
Cependant, l'Iran n'est pas encore vaincu... Lorsque la population iranienne réalisera les répercussions de la guerre et la diminution du pouvoir de répression, une dynamique de changement pourrait émerger.
Est-il souhaitable d'initier des pourparlers entre les États-Unis et l'Iran ?... Toute guerre doit aboutir à une négociation diplomatique. Ce n'est pas une position officielle d'Israël, mais elle est implicitement acceptable pour notre gouvernement.







