Déjà en chantier au nord de Toulouse et au sud de Bordeaux, le projet de ligne à grande vitesse suscite à nouveau l'opposition de 16 associations du Sud-Ouest. Ces dernières, invoquant un vice de procédure, demandent l'annulation de l'autorisation environnementale accordée à quatre préfets.
Le feuilleton continue pour ce projet controversé. Le 2 mars dernier, le Conseil d'État a rejeté leur précédent recours, confirmant l'utilité publique de la LGV Toulouse-Bordeaux. Aujourd'hui, les associations remettent en question la légalité de l'autorisation environnementale obtenue pour les travaux liés à cette liaison.
Dans une lettre datée du 3 avril, les 16 associations interpellent les quatre préfets en charge du projet pour qu'ils annulent cette autorisation, soulignant un vice de procédure. Elles réclament également un recours gracieux.
« La procédure de participation publique par voie électronique (PPVE) choisie par l'État laisse supposer soit une négligence, soit une volonté d'esquiver le débat public », affirment les associations.
En novembre 2025, l'État avait déjà précisé que le projet de LGV avait fait l'objet d'une enquête publique en 2014, précédant la déclaration d'utilité publique. Cependant, les opposants estiment que cette enquête est désormais « obsolète », citant l'article L123-17 du Code de l'environnement : « Elle impose une nouvelle enquête publique ».
« Vous opérez un excès de pouvoir »
Les associations contestent ainsi que les préfets n'aient pas organisé d'enquête publique dans les communes concernées. Sans une telle enquête, le tribunal administratif pourrait annuler cette autorisation en vertu de l'article L123-1-B du Code de l'environnement.
La LGV Bordeaux-Toulouse, dont les travaux ont commencé en 2024, est conçue pour relier Paris en trois heures et dix minutes d'ici 2032. Initialement, le projet devait bénéficier de financements européens, mais l'Union a récemment déclaré qu'elle ne financerait pas le tronçon Sud-Gironde-Toulouse, préférant soutenir Bordeaux-Dax, à condition de garantir une desserte transfrontalière.
« Le financement européen est essentiel pour ce projet qui, sans cela, serait pour l'essentiel soutenu par les collectivités locales et les contribuables », a déclaré Jean Olivier, coprésident des Amis de la Terre Midi-Pyrénées, un des signataires de la lettre. Le coût de la LGV a été réévalué à au moins 25 milliards d'euros, suscitant de vives inquiétudes.
Le Lot et le Gers, financeurs mais grands perdants ?
Le 9 avril, un rapport du Conseil d'Orientation des Infrastructures (COI) a été soumis au ministre des Transports, émettant des réserves quant à la pertinence de la LGV Bordeaux-Toulouse-Dax.
« Le COI a observé que les TGV pourraient ne pas s'arrêter à Montauban ou Agen, obligeant les Intercités à desservir ces villes, qui seraient alors éloignées des centres-villes », a ajouté Jean Olivier, alertant sur les conséquences néfastes pour le Lot et le Gers, des régions qui financent le projet pourtant peu bénéficiaires.
Les associations continuent de revendiquer une amélioration des infrastructures existantes et ont écrit au ministre des Transports, exigeant l'annulation totale du projet. Faute de réponse de l'État, elles envisagent d'intenter une action en justice d'ici l'été.







