Le 24 février 2026, les autorités éthiopiennes ont révoqué la licence du média Addis Standard, invoquant la préservation des "intérêts nationaux". Yonas Kedir, le rédacteur en chef, dépeint une atmosphère de "durcissement" vis-à-vis du journalisme indépendant dans une récente interview accordée à Courrier international.
Courrier international : Pourriez-vous expliquer cette fermeture et son impact sur la liberté de la presse en Éthiopie ?
Yonas Kedir : L'Autorité éthiopienne des médias a décidé de révoquer notre licence sans fournir d'exemples concrets de violations. Nous n'avons jamais été correctement informés de violations antérieures. Cette décision s'inscrit dans un contexte de pression croissante sur le journalisme indépendant, observable par les organismes internationaux qui constatent une répression contre les médias.
Cette mesure souligne un espace de plus en plus restreint pour les reportages critiques, suscitant des préoccupations quant à l'arbitraire des règlements et au respect des processus judiciaires. En effet, les observateurs notent que le climat médiatique s'est durci dans des périodes de tension politique.
Les tensions dans la région du Tigré et avec l'Érythrée influencent-elles cette décision ?
Bien que les autorités n'aient pas explicitement lié cette répression à la couverture des conflits régionaux, l'environnement médiatique est devenu particulièrement sensible. Des décisions similaires ont été prises par le passé durant des périodes de turmoil politique. En février 2026, par exemple, le gouvernement a interdit l'accréditation de trois journalistes de Reuters, après un rapport impliquant l'Éthiopie dans des affaires sensibles.
L'Addis Standard a-t-il déjà subi des pressions ?
Oui, ce n'est pas la première fois que nous subissons des pressions. Lors de la guerre du Tigré en 2021, nous avons été suspendus en raison d'accusations infondées. Plus récemment, en avril 2025, des agents de police ont saisi notre matériel, ce qui suscite l'inquiétude parmi les observateurs internationaux sur notre sécurité et celle de nos sources.
Quel est le climat médiatique actuel sous le gouvernement d'Abiy Ahmed ?
L'environnement est de plus en plus répressif. Les refus d'accréditation et la répression des médias, tant nationaux qu'internationaux, montrent un durcissement des réglementations. C'est une période où le journalisme critique court le risque d'être puni administrativement, plutôt que d'être traité par un cadre judiciaire impartial. Malgré ces adversités, Addis Standard s'engage envers un journalisme libre et factuel.







