Un large mouvement s'oppose au garde des Sceaux Gérald Darmanin, alors même que l’Assemblée nationale se prépare à examiner le projet de réforme de la justice criminelle. Le lundi 29 juin, avocats et magistrats se sont mobilisés devant les palais de justice à travers la France, signalant une méfiance croissante à l’égard du ministre, dont la réforme semble culminer dans l’incertitude.
Ce projet de loi, vivement contesté par les avocats depuis plusieurs mois, a déjà provoqué un revers pour le ministre qui a dû retirer, le 10 juin dernier, l'une des mesures les plus controversées : l'instauration d'un "plaider-coupable criminel". Cette proposition, bien qu'appuyée par quelques hauts magistrats, a suscité de vives critiques de la part de l'Union Syndicale des Magistrats (USM), alertant sur les conséquences d'une justice engorgée.
Les responsabilités en question
Le décès tragique de Lyhanna a intensifié les tensions. Après la réception d'un pré-rapport d'inspection, Darmanin a décidé de suspendre un magistrat sans attendre la conclusion des enquêtes en cours, une démarche qui ne fait qu’alimenter le ressentiment au sein du corps judiciaire. Dans une tribune signée par 800 magistrats, il est rappelé que "toute la communauté judiciaire est concernée par les failles exposées dans cette affaire, ne pouvant se réduire à une simple erreur individuelle".
Aurélien Martini, le secrétaire général adjoint de l’USM, a adressé une correspondance acerbe à Darmanin : "Votre responsabilité demeure entière, et nous ne manquerons pas de le rappeler". D'autres figures de la justice, comme Christophe Soulard et Rémy Heitz, viennent redire que les questions de responsabilités individuelles et collectives doivent avancer ensemble, loin de la stratégie de distraction.
Les avocats, y compris ceux représentant la famille de la victime, se sont également insurgés, réclamant non seulement l'annulation de cette réforme, mais également des moyens supplémentaires pour le système judiciaire. Ils sont rejoints par des policiers, qui dans une lettre ouverte, dénoncent le manque chronique de ressources, arguant que ce contexte crée inéluctablement des risques d’erreurs. "Limiter la discussion aux responsabilités individuelles dans de telles conditions est sidérant", précisent les membres de l'Association Nationale de Police Judiciaire (ANPJ).
La situation s'annonce explosive pour Gérald Darmanin, alors que la colère monte contre un projet perçu comme déconnecté des réalités du terrain.







