Cinq ans de prison, dont trois fermes, ont été demandés vendredi par le procureur dans l'appel de l'ancien maire de Saint-Etienne, Gaël Perdriau, jugé à Lyon pour un acte de chantage à la sextape qu'il conteste vigoureusement. Cette peine est d'ailleurs un an inférieur à celle décrétée en première instance.
Le verdict sera annoncé le 10 septembre. L'avocat général, Olivier Nagabbo, a interpellé Perdriau en ces termes : "Qu'avez-vous fait de vos valeurs, de votre honneur, de vos électeurs ?" En effet, onze ans après le tournage de cette vidéo compromettante, l'ex-maire, aujourd'hui âgé de 53 ans, maintient qu'il n'a rien à voir avec ce qu'il qualifie de "kompromat" sexuel depuis que Mediapart a révélé l'affaire en 2022. Il a déjà purgé deux mois de détention cet hiver, une précaution liée à une exécution de sa peine qui l'a également conduit à remettre sa démission.
Trois membres de son entourage, également condamnés en décembre, ont reconnu leur culpabilité dans ce qu'ils qualifient de "barbouzerie" survenue en 2015, destinée à contrôler le premier adjoint, Gilles Artigues. Ces derniers admettent avoir engagé un prostitué pour filmer une scène avec Artigues, affirmant que Perdriau était le directeur d'orchestre de cette manigance.
Deux de ces hommes ont décidé de faire appel, mais uniquement pour obtenir une peine plus clémente. Le procureur a en revanche demandé la même peine que lors du procès précédent pour Samy Kéfi-Jérôme, l'ancien adjoint à l'Éducation, alors que Gilles Rossary-Lenglet, l'architecte du piège, pourrait encaisser une peine de trois ans.
Pierre Gauttieri, l'ancien directeur de cabinet de Perdriau, connu pour son caractère autoritaire, a choisi de ne pas faire appel de sa condamnation à deux ans de prison.
Mireille Artigues, la femme de Gilles, a témoigné des souffrances endurées par sa famille, sombrant dans la "nasse sombre" d'une dépression. Selon elle, son mari, victime de ce chantage, a dû renoncer à plusieurs opportunités professionnelles de peur que cette vidéo n'atteigne ses proches. "Tout ça pour des conneries de politique, bordel !", a-t-elle lancé, le regard brûlant de colère vers Perdriau.
Après avoir présenté ses excuses à Gilles Artigues et à sa famille, Perdriau a déclarer que l'idée du piège provenait de Gauttieri et Rossary-Lenglet, et qu'il n'était pas au courant des intentions de ses collaborateurs. "J'en ai honte aujourd'hui, je n'ai pas réagi comme il le fallait", a-t-il insisté.
Ses avocats ont tenté de faire comprendre à la cour que, lors d'une conversation enregistrée sans son consentement en 2018, il avait menacé Artigues de vendre la vidéo. "Une fois sur les réseaux, ce n’est plus du chantage, c’est une exécution", avait-il déclaré.
Gauttieri lui avait effectivement proposé de discuter de cette vidéo dès 2015, mais Perdriau affirme ne pas l'avoir vue et avoir toujours pensé qu'il s'agissait d'un acte consensuel entre adultes. Il a, selon ses affirmations, agi "stupidement" en utilisant cette connaissance lors d'une querelle avec Artigues.
Son avocat, Jean-Félix Luciani, a plaidé pour réduire l'accusation de chantage à une simple menace, qui aurait des conséquences légales moins sévères. "Cet homme dit la vérité depuis le début. Il n’a simplement pas agi de la bonne manière au moment opportun", a-t-il argué, soulevant des questions sur les motivations des autres protagonistes à faire tomber Perdriau et leurs intérêts personnels.







