Les journaux russes perçoivent la victoire de Peter Magyar aux élections hongroises comme un affrontement sans précédent entre l’Union européenne et les États-Unis. Selon la presse en exil, la perte de Viktor Orban est celle du "meilleur allié" de Moscou au sein de l’UE. En revanche, les médias établis à l’intérieur du pays considèrent cet échec comme un revers pour l’administration Trump, qui avait ouvertement soutenu Orban.
Pour Moscou, la défaite d’Orban n’est pas une surprise : les analystes avaient anticipé ce résultat. Selon Vedomosti, il s’agit d’une "victoire convaincante" pour Peter Magyar, caractérisée par une "participation record". Komsomolskaïa Pravda exprime son chagrin : "Ces dernières années, Viktor Orban a souvent été le seul à s'opposer à la volonté des dirigeants européens de créer une Union où le pouvoir revient à Bruxelles".
Orban ne se contentait pas de s’opposer à l’idée d’une Europe unie. Il se posait également en défenseur des "valeurs traditionnelles", ce qui, selon Komsomolskaïa Pravda, déplaisait fortement à Bruxelles. "Il a été étiqueté comme agent du Kremlin, et tous les efforts ont été mis en œuvre pour le discréditer".
Au-delà des résultats, c’est l’atmosphère de la campagne qui a suscité l’intérêt des médias russes, évoquant des "tentatives directes d’influence d’acteurs étrangers sur le ‘bon candidat’, combinées à du chantage économique". Ces observations proviennent d’Anton Grichanov, de l’Académie diplomatique du ministère russe des Affaires étrangères, comme rapporté par Kommersant.
L’Occident divisé
Pour Ria Novosti, la défaite d’Orban représente également un revers pour l'administration américaine. Par leurs articles, les médias russes tentent de minimiser l’importance des liens entre l’UE et les États-Unis, en qualifiant cette élection de dynamique perturbée par des influences extérieures.
Grichanov observe que cette élection est révélatrice d'un éloignement croissant entre le bloc occidental. Par ailleurs, Nezavissimaïa Gazeta signale que la Hongrie devient un champ de bataille où la Maison-Blanche et les dirigeants européens sont en désaccord. Ses analystes évoquent de précédents où les intérêts américains et européens divergeaient.
“Il existe des exemples où les États-Unis et leurs alliés européens ont agi sur des voies opposées, comme dans le cas d’Israël. Mais la Hongrie, située au cœur de l’Europe, a jusqu’à présent été relativement épargnée par des interventions américaines directes,”
analyse Guennadi Petrov, editorialiste de Nezavissimaïa Gazeta.
Bruxelles en liesse
Les médias russes rapportent que la chute d'Orban est également perçue comme une victoire pour l'UE. Komsomolskaïa Pravda mentionne que l’administration Trump a subi un coup à sa réputation avec cette défaite. Selon Fiodor Loukianov de Rossiïskaïa Gazeta, ce revers illustre l’inefficacité de l'équipe Trump à influer sur les résultats électoraux en Europe.
Les Cercles politiques à Bruxelles se félicitent de l’émergence de Magyar, qu'ils considèrent comme un symbole d'espoir face à une gouvernance autocratique. Bien qu'il soit probable que ce nouveau gouvernement se rapproche de l’UE, il demeure à préciser quelles seront les priorités de Magyar dans ces relations.
Izvestia propose une lecture plus mesurée de cette situation. Vadim Troukhatchev, de l’Université des finances, indique qu'une détérioration des relations avec Moscou semble inévitable. "La Hongrie, récemment, a été un intermédiaire de dialogue avec la Russie," rappelle-t-il.
Ceci promet des défis pour Magyar, qui pourrait devoir assouplir les positions précédentes d'Orban en ce qui concerne les sanctions contre la Russie. Le paysage politique en Hongrie pourrait évoluer vers une ère plus euro-optimiste, mais motif d'inquiétude demeure sur les concessions à prévoir.







