Le retour de l'Alsace en tant que région autonome est au cœur des discussions à l'Assemblée nationale ce mardi. Ce projet de loi, soutenu par le groupe Renaissance, vise à doter l'Alsace des compétences régionales, suscitant des débats fervents parmi les parlementaires.
Dix ans après la fusion controversée des régions instaurée sous François Hollande, le texte a été examiné en première lecture. Le vote d'une motion de rejet socialiste a été écarté, avec 187 voix pour et 109 contre, incluant le soutien inattendu des députés Rassemblement national, mais une opposition ferme de la gauche.
Brigitte Klinkert, députée macroniste du Haut-Rhin et première signataire du texte, a expliqué : "En 2015, le choix législatif a effacé l'identité alsacienne au sein d'une grande région. Les Alsaciens souhaitent plus que jamais retrouver leur singularité." En revanche, Belkhir Belhaddad, du groupe socialiste, a mis en garde : "Cette initiative accentue la fracture territoriale et pose des questions de constitutionnalité, aucune étude d'impact n'ayant été menée."
Dans un communiqué, les présidents de dix régions se sont déclarés contre cette proposition, la qualifiant de "faute institutionnelle, politique et historique". "Ce texte pourrait servir chaque lobby local dans sa quête d'autonomie," s'est inquiété un des signataires.
La proposition vise à transformer la Collectivité européenne d'Alsace, résultat de la fusion entre les conseils départementaux du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, en une collectivité territoriale à statut particulier. Cela pourrait entrer en vigueur lors des élections régionales de mars 2028.
Le gouvernement, tout en soutenant le texte, appelle à une "consultation citoyenne" des habitants du Grand Est dans les six mois suivant la promulgation de la loi. "Nous devons prendre le temps d'évaluer cette question sans tergiverser", a déclaré Françoise Gatel, ministre de l'Aménagement du territoire, mettant en garde contre les risques d'une fragmentation géographique non maîtrisée.
Le député Théo Bernhardt, du RN, a exprimé : "L'objectif est de progresser rapidement pour un retrait de l'Alsace du Grand Est d'ici 2028." Cependant, Paul Molac (groupe Liot) a souligné l'absurdité de consulter tout le Grand Est sur cette décision : "C'est un peu comme demander à un conjoint de consentir au divorce."
Les députés Horizons se retrouvent divisés, tandis que les Républicains sont majoritairement enthousiastes à l'idée de soutenir le projet.
Franck Leroy, président de la région Grand Est et farouche opposant à la loi, a critiqué le manque de perspective temporelle du gouvernement : "Démanteler cette région prendra plusieurs années, paralysant ainsi nos institutions pendant ce temps."
L’histoire de la collectivité alsacienne est ancienne, marquée par un référendum infructueux en 2013, où le projet de création d'une collectivité unique avait échoué en raison d'une faible participation et d'un rejet dans le Haut-Rhin. Si le texte est adopté par l'Assemblée, il sera soumis au Sénat, mais plusieurs députés doutent de sa possibilité d'adoption avant les élections présidentielles à venir.







