L’ex-maire Les Républicains de Levallois-Perret, Patrick Balkany, a fait face mardi au tribunal correctionnel de Nanterre pour des accusations de détournement de fonds publics. Il a nié avec véhémence avoir financé un emploi de complaisance, oscillant entre l'ironie et une mauvaise foi manifeste.
La problématique clé de cette affaire est claire : l'association Codeeil n'était-elle qu'une façade pour camoufler un emploi fictif ? Selon les allégations, l'ancien édile aurait mis en place cette structure paramunicipale pour garantir un soutien financier confortable à Renaud Guillot-Corail, son ancien directeur du développement économique, après son départ à la retraite en octobre 2012.
Lors de l'ouverture des débats, le tribunal a rejeté une demande de renvoi formulée par la défense, qui dénonce une enquête jugée insuffisante et prolongée. La procureure, Nathalie Foy, s'est opposée à cette demande, rappelant l'ancienneté du dossier et la nécessité de faire avancer la justice.
La présidente du tribunal, Céline Ballerini, a tenté de clarifier ce montage financier. Elle a souligné le manque d'autonomie de l'association, dont les subventions municipales ont explosé, atteignant 855.000 euros au total, principalement utilisées pour rémunérer M. Guillot-Corail.
"Quand on évoque un détournement public, on n'insinue pas que cet argent a disparu dans votre poche", a-t-elle enseigné avec clarté. "D'où provient cet argent de subvention ?"
Costumé de sombre, avec des chaussettes bleues, le baron francilien de 77 ans n'a pas manqué d'esquiver les questions. "Je n'ai jamais géré cette association", a-t-il affirmé, insistant que son administration était seule responsable des subventions accordées. Il a même plaisanté sur son ignorance des affaires courantes : "Si les toilettes sont bouchées, on va appeler le maire ?".
Cependant, la tâche des juges est rendue complexe par le décès du principal bénéficiaire, Renaud Guillot-Corail, en 2020. Cela a permis à Balkany de manipuler la situation à son avantage.
"Nous sommes en train de juger les actions d’une personne décédée. Cela complique énormément les choses et m’empêche de présenter des documents. C'est absurde !", a-t-il rétorqué avec indignation.
La procureure a, quant à elle, dénoncé un "habillage" des faits, s’étonnant d'une prime de licenciement de 50.000 euros versée au retraité alors que l'association s'est auto-dissoute peu après son départ. Les témoignages entendus ont renforcé ces suspicions.
Une ancienne trésorière a reconnu ne pas saisir l'utilité de la structure et s'est décrite comme une "personne de paille", pour ce qui semblait être le "bâton merdeux" de la mairie.
Bien qu'il réfute toute implication, Balkany a déclaré que son ancien collaborateur était un "ambassadeur exceptionnel". L'association aurait également été impliquée dans des projets à l'international, tels qu'un cimetière au Gabon, malgré des déplacements étranges à Cuba ou à Bali, que l'ex-maire a juré n'avoir jamais entendus.
Patrick Balkany a également cherché à politiser les débats, déplorant : "Des ministres affirment qu'il faut continuer à travailler après la retraite, et vous me poursuivez pour avoir fait travailler un retraité !". Il a même déclaré : "Il vous a fallu 18 ans pour me faire ce reproche !", citant Georges Pompidou : "Arrêtons d'emmerder les Français".
En refusant de se voir attribuer une étiquette d'élu omnipotent, Balkany a fini par peindre un portrait inattendu de lui-même : "Je ne suis pas interventionniste, je suis un grand paresseux. Je fais travailler les autres". "Pour moi, ce n'était pas du travail, c'était un plaisir", a-t-il conclu, assurant agir de bonne foi. Le procès se poursuit mercredi.







