Paris (France) (AFP) – Le Salon de l'agriculture a été inauguré ce samedi par Emmanuel Macron, se déroulant sans les vaches emblématiques de l'événement et sans la participation de la Confédération paysanne ni de la Coordination rurale, qui ont choisi de boycotter ce rendez-vous traditionnel entre le président et les principaux syndicats agricoles.
Cette absence crée une atmosphère de tension, d'autant plus que la Coordination rurale, connue pour ses actions frappantes, a suscité des inquiétudes. Selon des sources policières, 250 policiers en civil veilleront sur l'événement, un dispositif jugé exceptionnel dans ce contexte.
Le président de la CR, Bertrand Venteau, a exprimé des réserves sur sa présence aux activités aux côtés du chef de l'État, meublées de petits déjeuners souvent suivis d'une visite officielle. "Je lui déconseille d'essayer de venir nous voir, l'accueil risque d'être rude", a alerté François Walraet, secrétaire général de la Coordination rurale.
Bien que la CR et la Confédération paysanne disposent chacune d'un stand, elles choisissent de ne pas faire de l'événement une "vitrine" qui camoufle les réelles difficultés du monde agricole. Ces deux syndicats dénoncent régulièrement ce qu'ils appellent la "cogestion" entre le tandem FNSEA-JA et le gouvernement dans les politiques agricoles.
Le FNSEA et les Jeunes Agriculteurs, qui ont vu leur domination remise en question avec l'ascension de la CR lors des dernières élections professionnelles, souhaitent rencontrer Macron malgré la perspective d'une absence de propositions concrètes pour l'agriculture, à un an des prochaines élections présidentielles.
À ce sujet, les représentants de la FNSEA comptent sur le président pour se positionner dans les discussions concernant le budget de la politique agricole commune post-2027, espérant maintenir les 9 milliards d'euros par an obtenus lors de la précédente PAC (2023-2027).
Trois années de crise
Alors qu'approchent les municipales de mars, de nombreuses personnalités politiques sont attendues jusqu'au dimanche 1er mars parmi les centaines de stands. Depuis plus d'une décennie, la profession agricole souffre d'une chute constante du nombre d'agriculteurs, exacerbée par des crises à répétition.
En octobre 2017, le nouvellement élu Emmanuel Macron prononçait un discours sur la nécessité d'une "montée en gamme" de l'agriculture française. Toutefois, cette ambition a depuis été fragilisée par l'inflation résultant de l'invasion russe de l'Ukraine, ainsi que par des perturbations économiques liées à divers aléas géopolitiques et climatiques.
Durant les trois dernières années, les agriculteurs ont régulièrement protesté, mobilisant leurs tracteurs dans les villes, demandant reconnaissance, revenu et des promesses de soutien. Leur détresse a été accentuée en 2026 avec la gestion contestée de la dermatose bovine dans le Sud-Ouest, amplifiant ainsi leur mécontentement déjà alimenté par les inquiétudes liées aux accords commerciaux et aux variations climatiques.
Pas de bras, pas de vaches
Le gouvernement se prévaut d'une gestion efficace de la dermatose nodulaire contagieuse, et a annoncé l'absence de nouveaux foyers depuis le 2 janvier, avec levée de certaines restrictions dans le Sud-Ouest. Cependant, les éleveurs maintiennent leur décision de ne pas exhiber leurs bêtes au salon, en s'opposant à la politique d'abattage total des troupeaux malades.
Les récents épisodes climatiques dévastateurs, tels que des tempêtes et inondations touchant leurs cultures, n'ont pas contribué à améliorer le moral des agriculteurs, dont la pensée semble éloignée de l'esprit festif habituel de l'événement. La mobilisation de bénévoles pour les stands a été difficile, pourtant, les organisateurs continuent d'essayer de conserver une ambiance conviviale malgré l'absence de leurs bovins habituellement en vedette.
Cependant, près de 3.500 animaux, incluant chevaux, ânes, brebis, porcs et même des animaux de compagnie, ont commencé à arriver sur le site, tandis que le salon s'apprête à dévoiler divers produits du terroir, des saucissons au rhum antillais en passant par la choucroute traditionnelle.







