Longyearbyen (AFP) – En dépit du climat de tension géopolitique croissante, la vie se poursuit paisiblement au Svalbard. Ce territoire norvégien, parfois désigné comme un futur objectif d'expansion tant pour la Russie que pour les États-Unis, demeure en surface à l'écart de ces préoccupations.
La question qui se pose souvent au maire de Longyearbyen, Terje Aunevik, est : "Le Groenland serait-il une première étape avant que le Svalbard ne fasse l'objet de convoitises ?" Les ambitions expansionnistes de certains leaders, comme Donald Trump, ont focalisé l'attention sur l'Arctique. Cette région revêt des enjeux économiques et stratégiques considérables, notamment en termes de ressources minérales, de pétrole et de nouvelles routes maritimes, alors que la banquise se retire.
Longyearbyen, anciennement un site minier transformé en destination touristique, est l'un des endroits qui se réchauffe le plus rapidement sur la planète. Avec une population d'environ 2 500 âmes, elle est unique : quatre mois d'obscurité hivernale sont suivis d'un été de lumière incessante. À l'extérieur de la ville, les habitants doivent se préparer à croiser des ours polaires, d'où l'obligation de porter des armes.
Les craintes d'une appétence grandissante, du côté américain comme russe, sont omniprésentes. Des experts redoutent que les ambitions de Trump concernant le Groenland incitent encore plus la Russie à revendiquer ce territoire. Outre ses richesses potentielles en dessous des mers, Svalbard occupe une position géographique stratégique, contrôlant le passage maritime des sous-marins de la Flotte du Nord russe vers l'Atlantique.
Une stratégie entre tensions et coopération
Barbara Kunz, directrice du programme européen sur la sécurité de l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri), explique : "L'importance ne réside pas simplement dans l'île elle-même, mais dans les eaux qui l'entourent". Pour la Russie, maintenir sa force de dissuasion nucléaire est crucial, tandis que les États-Unis souhaitent contrôler le transit des forces russes.
À Longyearbyen, où vivent des personnes de cinquante nationalités, le climat demeure serein malgré les rumeurs. "Nous discutons un peu plus des événements au Groenland, mais je sens qu'il n'y a pas plus d'inquiétude qu'à l'accoutumée", confie Charlotte Bakke-Mathiesen, une commerçante locale. Le maire Aunevik partage cet avis, exprimant une confiance ferme dans la souveraineté norvégienne.
Barentsburg, une communauté minière russe à proximité, constitue un paradoxe : sous contrôle russe, ce village est pourtant situé dans un territoire de l’OTAN, avec des références à Lénine encore visibles. Le traité de Paris de 1920 permet aux nations signataires, Russie incluse, d’exploiter les ressources du Svalbard sur un pied d'égalité, ajoutant une couche de complexité aux relations.
Évolutions des relations arctiques
Depuis la crise de Crimée en 2014, la Norvège a tenté de renforcer son contrôle sur le Svalbard, limitant l’accès aux étrangers pour éviter les tensions. Moscou, de son côté, réaffirme ses droits, multipliant les provocations.
Mikaa Blugeon-Mered, expert en géopolitique des pôles, souligne que la Russie, bien qu'activement présente, a d'autres priorités stratégiques. "Les États-Unis, sous l'administration actuelle, pourraient constituer une menace plus directe pour l’équilibre fragile de la région".
Alors que le concept d'"exceptionnalisme arctique" semblait soutenir une coopération particulière, Barbara Kunz affirme que cette ère est révolue : les rivalités stratégiques s'intensifient dans cette région autrefois apaisée.
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