Alger (AFP) – La France et l'Algérie ont convenu décisivement de raviver leur coopération sur les questions de sécurité, comme l'a déclaré à Alger le ministre de l'Intérieur français, Laurent Nuñez. Ce mouvement intervient alors que les relations bilatérales avaient sérieusement été mises à mal depuis l'été 2024.
À l'issue d'une rencontre, confirmée à la dernière minute avec le président algérien Abdelmadjid Tebboune, M. Nuñez a affirmé que les deux nations avaient réussi à "réenclencher une coopération sécuritaire de très haut niveau".
Au cours de cette journée, dédiée à des réunions de travail, les deux parties ont visé à "rétablir des relations de sécurité normales", selon les mots du ministre. Il a également souligné l'importance de "renforcer" cette coopération sur les plans judiciaire, policier et en matière de renseignement.
Cette visite de deux jours de M. Nuñez s'inscrit dans un contexte de tensions diplomatiques, exacerbées par des dissensions autour des questions migratoires. Le ministre a remercié le président Tebboune, qui a, d'après ses déclarations, demandé à ses services d'œuvrer avec les autorités françaises pour "améliorer significativement" les collaborations, en particulier concernant les réadmissions. Ce sujet, devenu délicat, est en effet complexe, car l’Algérie ne semble plus disposée à accepter le retour de ses ressortissants en situation irrégulière en France depuis plusieurs mois.
Le ministre a promis que cette reprise de coopération sécuritaire " se mettrait en place rapidement" et "se poursuivrait à un haut niveau". Les discussions ont réuni les responsables les plus influents des deux pays, comme Céline Berthon, cheffe de la DGSI (Direction Générale de la Sécurité Intérieure) française, et le général-major Abdelkader Aït-Ouarabi, en charge de la sécurité intérieure algérienne.
Initialement programmé il y a plusieurs mois, ce déplacement avait pris du retard. Avant son arrivée, M. Nuñez avait exprimé son souhait de traiter "toutes les questions de sécurité", y compris la lutte contre le narcotrafic et le terrorisme. L'Algérie, partageant des frontières avec des pays du Sahel tels que le Niger et le Mali, joue un rôle stratégique dans ces domaines, où la menace jihadiste est persistante.
"Au nom de quelle France"?
Antérieurement à sa visite, le ministre français avait évoqué le procès de Christophe Gleizes, un journaliste sportif français condamné à une peine de sept ans de prison en Algérie pour "apologie du terrorisme", une décision confirmée en appel.
Nul élément n’a filtré quant à ce sujet lors des pourparlers avec Tebboune, bien que sa famille sollicite une grâce.
Les relations entre les deux pays s’étaient fortement dégradées après que la France a reconnu, durant l'été 2024, un plan d'autonomie sous "souveraineté marocaine" pour le Sahara occidental. Ce territoire, au statut ambigu selon l'ONU, fait l'objet d'un conflit historique entre le Maroc et les indépendantistes du Front Polisario, soutenus par l'Algérie. En conséquence, l'Algérie avait rappelé son ambassadeur à Paris.
La situation s'est aggravée avec l'arrestation en novembre 2024 de l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal, qui a depuis été gracié par M. Tebboune, et la mise en examen d'un agent consulaire algérien en avril 2025, lié à l'enlèvement d’un influenceur algérien. Ces événements avaient conduit à l'expulsion réciproque d'une douzaine de diplomates et un rappel de l'ambassadeur de France, Stéphane Romatet, à Paris.
Le dernier ministre de l'Intérieur à visiter Algérie était Gérald Darmanin, à la fin 2022. Son successeur, Bruno Retailleau, avait exacerbé les tensions en cherchant à exercer une pression sur l'Algérie autour de la libération de Boualem Sansal.
Des observateurs notent qu'une récente rencontre en Algérie avec l'ancienne ministre socialiste Ségolène Royal, aujourd'hui présidente de l'Association France-Algérie, a joué un rôle essentiel dans ce rapprochement.
Avant son arrivée, le média algérien TSA a soulevé une interrogation cruciale : "Quel est le véritable visage de la France que M. Nuñez représente ?" L’article interrogeant si elle était celle "des nostalgiques de l'Algérie française", ou bien celle "désireuse d'une relation apaisée, comme Ségolène Royal l'incarne ?" Ces questionnements font écho à l'ombre persistante du passé colonial entre les deux nations.







