Paris (France) (AFP) – Le documentariste Frederick Wiseman, qui a su décrypter les réalités de la société américaine pendant plus de 50 ans, est décédé lundi à l'âge de 96 ans. De ses films, tels que "Titicut Follies" et "High School", émergent des réflexions profondes sur des institutions aussi variées que les prisons ou les théâtres.
Né le 1er janvier 1930 à Boston, Frederick Wiseman n'était pas prédestiné au métier de cinéaste. Après des études de droit à Yale, influencé par son père avocat, il se dirige vers l'enseignement à l'université de Boston. Cependant, un séjour de deux ans à Paris, où il réalise des films amateurs, marque un tournant dans sa carrière. De retour aux États-Unis, il produit "The Cool World", un film hybride mêlant fiction et documentaire sur un quartier défavorisé.
Son premier long-métrage, "Titicut Follies", sorti en 1967, brosse un tableau cru des conditions de vie dans un hôpital psychiatrique du Massachusetts, entraînant une interdiction de 25 ans sur les écrans américains. L'œuvre de Wiseman, qui s'étend sur près d'une cinquantaine de documentaires, est caractérisée par une approche intime et directe : sans voix off ni musique superflue.
Un œil acéré sur l'humain
Pour Wiseman, capturer l'essence humaine en situation était essentiel. "Ce qui m'intéresse, c'est d'enregistrer le comportement des gens dans divers contextes", confiait-il à l'AFP en 2017. Son parcours l’a conduit à filmer des écoles, des bureaux d'aide sociale, des théâtres et des opéras, abordant des questions fondamentales comme la démocratie et la justice dans un style cinématographique unique.
Marie-Pierre Duhamel Muller, qui a sous-titré plusieurs de ses documentaires, souligne que Wiseman incarne les grandes notions de la société américaine avec une intuition remarquable. Le réalisateur Jacques Audiard a réjoui le public en mentionnant son sens artistique singularisé par un montage soigné et des prises de vue sans préparation.
Une méthode de travail inédite
Sa manière de travailler est exemplaire : il filme avec une équipe réduite, souvent sans scénario préalable, ce qui lui permet de capturer des moments authentiques. "La plupart des séquences sont tournées caméra à l'épaule", confiait-il, témoignant de son engagement envers une approche authentique et immersive.
Frederick Wiseman, grand amateur de ski et de théâtre, était également impliqué dans les arts dramatiques, ayant monté des pièces à Paris. Sa personnalité vive et son humour, selon sa traductrice, ont été des traits marquants qui l'ont distingué dans le monde du cinéma documentaire.
Son influence est indéniable, inspirant des réalisateurs comme Stanley Kubrick et Milos Forman, lui valant un Oscar d'honneur en 2016 pour ses contributions exceptionnelles au cinéma. "Il attrape la vie américaine d'une manière inouïe", a déclaré son proche, Arnaud Desplechin, soulignant l'impact durable de son œuvre.
Wes Anderson et Gus Van Sant ne sont que quelques-uns des cinéastes qui ont rêvé de la magie que Wiseman a capturée sur la pellicule, prouvant que son héritage continuera à influencer le cinéma contemporain.
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