Paris (France) – Le conflit en Ukraine a déclenché une dynamique inédite au sein de l'industrie française de la défense, permettant à la filière des drones militaires de se moderniser et de rattraper son retard. En s'inspirant des stratégies des forces ukrainiennes, la France cherche à renforcer ses capacités militaires essentielles.
Un drone militaire, qu'est-ce que c'est ? Comme l'explique Florian Aknin, consultant en aérospatiale chez Roland Berger, ces engins sans pilote offrent l'avantage de minimiser les pertes humaines tout en demeurant plus économiques que les méthodes militaires conventionnelles. La simplicité de fabrication est telle que Hadrien Canter, cofondateur d'Alta Ares, affirme qu'avec une imprimante 3D et des plans en ligne, un drone peut être construit en moins de 24 heures.
La mission d'un drone est déterminée par sa "charge utile", équipée de divers capteurs pour la reconnaissance, d'explosifs pour frapper ou d'outils de guerre électronique pour brouiller les communications ennemies.
Dans le contexte ukrainien, les drones jouent un rôle crucial face aux frappes russes, qui reposent massivement sur les drones low-cost iraniens Shahed. Hadrien Canter souligne la nécessité pour l'Ukraine d'environ 20 000 drones par mois pour faire face à ces menaces, une demande considérable qui stimule la production armée à travers l'Europe.
Le premier forum franco-ukrainien, qui a eu lieu en novembre 2025 en présence des présidents Macron et Zelensky, visait à établir des partenariats significatifs pour produire des drones adaptés aux besoins ukrainiens. Des startups françaises comme Alta Ares développent déjà des technologies capables d'augmenter le taux d'interception des drones.
Le groupe français EOS Technologie, avec son modèle de drone Rodeur, s'inscrit dans cette dynamique. Ce drone peut voler cinq heures et parcourir 500 km, tout en réalisant des missions de renseignement ou d'attaques ciblées. Jean-Marc Zuliani, président d'EOS Technologie, souligne l'importance de la synergie formée entre l'Ukraine et la France, en précisant que les forces ukrainiennes, par leur expérience, ne nécessitent plus forcément des technologies de pointe, mais plutôt des appareils opérationnels.
La collaboration entre l'industrie militaire et l'industrie automobile devient également essentielle pour répondre à cette demande croissante. Renault a récemment annoncé un partenariat stratégique visant à produire des drones en série, l'industrie automobile pouvant rapidement ajuster sa production. Cette stratégie a pour but de créer une filière française de drones militaires capable de fabriquer jusqu'à un million d'unités d'ici 2030.
Mais que se passera-t-il si un cessez-le-feu est déclaré en Ukraine ? Selon Florian Aknin, les tensions géopolitiques sont vouées à perdurer, et le besoin d'augmenter les capacités militaires restera pertinent, qu'il y ait ou non un conflit ouvert. En somme, la France s'engage vers un avenir où l'innovation dans les drones de combat pourrait redéfinir les contours de sa défense.
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