Selon un rapport publié le 11 juin par la Cour des comptes, le dispositif d’envoi de migrants vers des centres d'hébergement en dehors de l'Île-de-France est jugé "efficace", mais souffre d'une mise en œuvre inégale et d'une disparité dans l'accueil entre différentes régions.
L’objectif principal de ce système est de désengorger l'Île-de-France, où le nombre de migrants a explosé suite à la crise migratoire de 2015. Ce déséquilibre a conduit à une situation où une proportion importante des demandeurs d'asile est contrainte de vivre dans la rue ou dans des campements, une situation alarmante soulignée par la Cour des comptes.
En 2020, l’Île-de-France représentait 46 % des demandes d’asile, mais sa capacité d’hébergement au sein des Centres d’accueil et d’examen des situations (CAES) n’atteignait que 19 % du dispositif national, créant ainsi une situation d’oversupply de requêtes sur un marché déjà saturé.
18 000 orientations en 2024
Pour remédier à ce déséquilibre, la loi immigration de 2018 a permis de proposer des orientations en CAES dans d'autres régions, mais 40 % des demandeurs choisissent de ne pas s’y rendre, malgré la suppression des aides qui leur étaient auparavant offertes.
En 2024, près de 18 000 orientations ont été réalisées, un chiffre s’approchant de l’objectif fixé à 22 000, pour un coût estimé de 50 millions d'euros. Ce coût reste marginel par rapport aux 962 millions d’euros alloués à l’hébergement des demandeurs d’asile selon la Cour, qui insiste sur la transparence quant aux dépenses publiques.
Cependant, l'efficacité de ce dispositif varie énormément selon les régions. Par exemple, les Pays de la Loire n'ont accueilli que 504 migrants, bien en deçà de l'objectif de 2 445. D'autres régions comme Auvergne-Rhône-Alpes et Nouvelle-Aquitaine se sont également éloignées de leurs cibles d’accueil.
En revanche, la région Centre-Val-de-Loire a réussi à dépasser ses ambitions d’accueil, enregistrant 1 754 migrants alors qu'elle en attendait seulement 1 229. Cette réalité met en lumière non seulement l'efficacité du dispositif dans certaines zones, mais aussi l'inefficacité dans d’autres, incitant à une réévaluation des stratégies d'accueil.
Des experts, tels que Jean-Claude Goutte, sociologue spécialisé dans les questions migratoires, soulignent la nécessité de mieux coordonner les efforts entre les différentes régions : "Une répartition plus équilibrée pourrait non seulement améliorer les conditions de vie des migrants, mais également apaiser les tensions en Île-de-France."







