Ce vendredi, la ministre française déléguée aux Armées, Alice Rufo, annonce sa visite à Sétif pour "commémorer" l'autre 8 mai 1945, selon un communiqué de l'Élysée.
"C'est la vérité de notre histoire et c'est l'honneur de la France de la regarder en face", précise le communiqué. Ce jour tragique a vu l'armée française intervenir brutalement contre des manifestants, faisant des milliers de victimes lors de répressions qui se sont prolongées sur plusieurs semaines.
Le 8 mai 1945, Sétif, ville historique dirigée par Ferhat Abbas, a rassemblé entre 8 000 et 10 000 personnes pour célébrer la victoire des Alliés sur le nazisme. Aux cris de "Vive la victoire alliée" se sont ajoutés des slogans appelant à "Vive l'Algérie indépendante". Cependant, des tensions éclatent lorsque Bouzid Saâl, en refusant de retirer le drapeau algérien, est abattu par la police, déclenchant une réaction violente de la foule, suivie d'une série d'émeutes...
Une répression impitoyable
Les autorités, sous le régime du général de Gaulle, réagissent par des mesures militaires sévères, instituant la loi martiale et arrêtant de nombreux leaders nationalistes, rendant la situation encore plus explosive. Les estimations varient entre 1 500 et 45 000 victimes du côté algérien, mettant en lumière une tragédie ayant profondément marqué la conscience collective algérienne.
Pour l'historien Benjamin Stora, ce massacre représente un tournant dans le mouvement national algérien, soulevant les espoirs déçus d'égalité de droits, tant espérés par ceux qui avaient combattu le nazisme aux côtés des Français. "C'est un moment crucial qui annonce une volonté de résistance armée, délaissant les moyens pacifiques face à la brutalité des répressions", explique-t-il à l'AFP.
Vers une reconnaissance des atrocités
L'Algérie a instauré une "journée de la Mémoire" en 2020 pour honorer les victimes de cette répression. "Les Algériens demandent une reconnaissance officielle de la France quant à sa responsabilité dans ces massacres", rappelle Stora. En 2005, la France avait été amenée à reconnaître "une tragédie inexcusable", et plusieurs appels de députés français au fil des ans plaident pour la reconnaissance des événements de Sétif en tant que "crimes d'État".
À l'approche de commémorations marquantes, le débat autour de cette mémoire vivante continue d'alimenter les relations entre la France et l'Algérie, rappelant l'importance de ne pas oublier un chapitre douloureux de l'histoire coloniale.







