Ce lundi matin, les visages des salariés de l'usine Teisseire sont marqués par la peur et l'incertitude. Réunis à proximité d'un ancien piquet de grève, réduit à quelques cendres, peu osent exprimer leur désarroi face à la fermeture annoncée. Les détails concernant les conditions de départ des employés seront communiqués par les syndicats dans la journée, mais l'amertume est déjà perceptible.
« Nous avons tenu bon jusqu'au bout », confie Johnny, un opérateur présent dans l'usine depuis 14 ans. Il se souvient avec nostalgie des luttes menées, et regrette ce qui ressemblait à « un village solidaire ». À 46 ans, ce père de famille se retrouve face à un avenir flou. « Je ne vois rien pour moi sur le marché du travail », ajoute-t-il, visiblement abattu.
La situation semble tout aussi préoccupante pour Thierry, 60 ans, qui se remémore les promesses de stabilité faites par Carlsberg au moment du rachat de l'usine. « C'est une page qui se tourne », souligne-t-il, un brin amer. En tant qu'ex-délégué syndical, il regrette que les négociations n’aient pas eu lieu jusqu’à la dernière minute.
Fathi Ghiloufi, délégué CGT, évoque la responsabilité collective de préserver la dignité des employés face à cette situation. « Nous avons lutté pour qu’ils partent dignement », explique-t-il, en soulignant la nécessité d'un dialogue social apaisé.
Rétablissement d’un dialogue apaisé selon la direction
Pourtant, la direction, tout en reconnaissant les sentiments des employés, impose une clause de confidentialité sur les primes de départ, limitant ainsi toute communication sur le sujet. « Nous préférons parler d'un rétablissement d'un dialogue social apaisé et constructif », indiquent-ils, tout en confirmant la fermeture de l’usine prévue pour avril prochain, avec un transfert de production vers Le Havre.
Le climat de désespoir pèse sur les salariés, qui se sentent abandonnés et méprisés, tandis que la communauté locale observe, préoccupée par les conséquences sociales de cette chute annoncée de la production. Pour nombre d'entre eux, il est essentiel de trouver un avenir après Teisseire, un défi qui s’annonce déjà comme une montagne difficile à gravir.







