La transition vers les énergies renouvelables a pris un tournant décisif en Inde. Pour répondre à son besoin croissant d'électricité et réduire sa dépendance vis-à-vis de la Chine, le pays intensifie la production de panneaux solaires. Un marché en pleine effervescence, bien que son avenir reste incertain.
Dans les vastes installations du conglomérat Adani à Mundra, dans l'ouest du pays, des milliers de plaques photovoltaïques sont produites chaque jour, atteignant une capacité de près de 10.000 unités quotidiennes.
Ces panneaux sont en partie destinés à la centrale solaire gigantesque qui sera inaugurée en 2030 dans le désert de Khavda, à environ 100 kilomètres au nord. "Nous devons opérer sans relâche", déclare Muralee Krishnan, le directeur d'Adani Solar. "Avec la demande actuelle, il nous faudrait presque doubler notre temps de travail...".
Cette nécessité d'accélération est partagée par plusieurs acteurs majeurs de l'industrie. À Tirunelveli, dans le Tamil Nadu, les 4.000 employés, majoritairement des femmes, de Tata Power sont également soumises à une pression intense. "Nous travaillons en trois équipes pour maintenir le flux de production", explique Praveer Sinha, le PDG de Tata.
Face à la pénurie d’électricité et la nécessité de réduire l'empreinte carbone, l’Inde, avec ses 1,5 milliard d’habitants, a établi des objectifs ambitieux pour les énergies renouvelables.
Selon des annonces récentes, le pays prévoit que d'ici 2025, la moitié de sa capacité de production électrique proviendra de sources vertes, en avance sur son engagement pris lors de l'Accord de Paris. L'objectif est de passer de 230 à 500 GW d'installations, dont 280 GW d'énergie solaire d'ici 2030.
Cependant, la route vers cet objectif est semée d'embûches. Environ 75% de l’énergie consommée provient encore des centrales à charbon, freinant ainsi la transition. Malgré cela, une légère baisse de 3% de la production charbonnière a été constatée l’an passé, selon le Centre for Research on Energy and Clean Air.
Le Premier ministre Narendra Modi a imposé une contrainte supplémentaire à cette transformation : favoriser la production nationale en matière d'énergies renouvelables. Il est donc essentiel de produire des panneaux solaires en Inde, là où 90% des panneaux globaux sont traditionnellement fournis par la Chine.
Pour répondre à cette exigence, des géants indiens comme Tata, Adani et Reliance ont investi dans des installations modernes et automatisées. "La qualité est cruciale pour des projets d’envergure comme celui de Khavda", souligne Ashish Khanna, PDG d'Adani Green.
Malheureusement, pour pallier la lenteur de l’industrialisation locale, le pays continue de dépendre des importations chinoises pour certaines matières premières, notamment le silicium.
Pékin, mécontent des subventions accordées à ses concurrents indiens et des restrictions imposées par New Delhi, a exprimé ses préoccupations auprès de l'Organisation mondiale du commerce (OMC).
Pour anticiper les besoins futurs, Adani envisage de diversifier sa production en se lançant dans l'extraction de silicium, tandis que Tata Power réfléchit à des projets similaires.
Les prévisions pour la capacité de production de panneaux solaires en Inde sont impressionnantes, atteignant cette année plus de 125 GW. Cependant, selon Wood Mackenzie, cette capacité pourrait déjà dépasser de trois fois la demande intérieure.
L’avenir du secteur pourrait s’orienter vers l'exportation. Certains producteurs indiens commencent à se tourner vers les marchés internationaux, profitant d'une demande croissante.
"Le marché mondial de l'énergie solaire pourrait se tripler d'ici quatre ans", prédit Ashish Khanna, directeur de l'Alliance solaire internationale. La question cruciale demeure : l’industrie indienne sera-t-elle capable de rivaliser avec les prix chinois ?
"Il est souvent plus rentable d'importer de Chine que de produire localement", observe Tejpreet Chopra, patron de Bharat Light and Power. Des facteurs géopolitiques, couplés à des droits de douane élevés, compliquent aussi les ventes sur certains marchés, notamment aux États-Unis.
Malgré ces défis, Praveer Sinha de Tata Power demeure optimiste quant à l'avenir. "L'énergie solaire", affirme-t-il, "jouera un rôle de plus en plus central dans notre mix énergétique".







