Des élus locaux, appuyés par des associations environnementales, s'insurgent contre le projet de consigne pour le recyclage des bouteilles en plastique, qu'ils qualifient d'opération de greenwashing.
Jean-François Vigier, vice-président de l'Association des maires de France (AMF), a annoncé lundi que les représentants locaux sont prêts à défendre fermement leur position contre ce projet gouvernemental.
En collaboration avec des syndicalistes de la gestion des déchets en Île-de-France, ils menacent de suspendre le paiement de la Taxe générale sur les activités polluantes (TGAP) si le gouvernement persiste dans son initiative de consigne.
Mardi, lors d'une réunion organisée par le ministère de la Transition écologique, ces élus ont exprimé leur mécontentement, soulignant que le processus ne consiste plus en une concertation mais en une imposition. M. Vigier a déclaré lors d'un point-presse : "Nous devons maintenant prendre des mesures pour faire comprendre à l'État que nous ne nous laisserons pas faire face à cette absurdité".
Les élus craignent que la décision de revente des matériaux recyclés transfère jusqu'à 400 millions d'euros de recettes aux grandes compagnies industrielles. Dans un appel au Premier ministre Sébastien Lecornu, ils espèrent que son expérience d'élu local lui permettra de saisir la gravité de la situation.
Mathieu Lefèvre, ministre délégué chargé de la Transition écologique, a déploré sur X le refus des élus de s'engager dans la concertation proposée par le gouvernement, insistant sur l'importance du dialogue. Il a souligné que, actuellement, le taux de collecte et de recyclage des bouteilles en plastique ne s'élève qu'à 58,4 % pour 2024, loin de l'objectif de 90 % établi. En conséquence, la mise en place de la consigne sera obligatoire à partir du 1er janvier 2029 si cet objectif n'est pas atteint.
- Un projet controversé -
Les élus contestent le terme de "consigne", affirmant que le projet lancé par Emmanuel Macron ne prévoit pas le réemploi des bouteilles collectées, mais exclusivement leur recyclage. Cela soulève des inquiétudes quant à son efficacité sur le plan environnemental, une opinion partagée par des ONG telles que France Nature Environnement (FNE), Zero Waste France, et Federrec, qui ont expressément mis en doute son bon sens lors d'une conférence de presse.
Axèle Gibert de FNE a déclaré : "Il ne s'agit pas d'un véritable système de consigne, mais d'une opportunité pour les industries de récupérer des bouteilles pour en produire davantage de plastique". En pleine crise environnementale et sanitaire, elle souligne que la véritable priorité devrait être la réduction de l'utilisation des bouteilles en plastique.
Nicolas Garnier, de l'association Amorce, accuse ce dispositif de ne viser qu'à augmenter la vente de bouteilles jetables, au détriment de l'environnement. Il estime que le coût pour les consommateurs pourrait osciller entre 1 et 3 milliards d'euros.
Bastien Faure, de Zero Waste France, a critiqué le gouvernement pour sa décision de poursuivre ce projet sans tenir compte des préoccupations exprimées, qualifiant cela de "blanc-seing" pour les industriels sans mesures fortes pour encourager le réemploi et réduire l'usage des plastiques jetables.
De son côté, l'Association nationale des industries alimentaires (Ania), qui inclut des entreprises de sodas et d'eau en bouteille, a indiqué à l'AFP qu'elle continuerait à discuter avec le gouvernement et soutient le projet de consigne pour recyclage.







