Des vidéos humoristiques ayant fait le tour des réseaux sociaux au printemps dernier montrent des personnages en Lego critiquant les États-Unis et Donald Trump, tout en présentant le régime iranien sous un jour favorable.
Ces contenus, générés par intelligence artificielle, ont généré des centaines de milliers d’interactions et proviennent d’une campagne orchestrée par Téhéran. C’est ce que révèle Sahar, cette entreprise parisienne qui a développé des outils en Open Source Intelligence (OSINT) pour détecter, tracer et identifier ces campagnes, remontant jusqu'à leurs premiers messages sur les réseaux sociaux.
La présidentielle "va préoccuper les autorités"
Les campagnes de désinformation, comme celle autour de l’Iran, ne sont plus des cas isolés. Un exemple frappant est celui de la Roumanie, où le premier tour des élections présidentielles de 2024 a été annulé en raison d'une campagne de désinformation sur TikTok, visant à promouvoir la candidature de Calin Georgescu.
"Ces incidents illustrent bien les effets tangibles d’une désinformation sur la population", explique Jean-Matthieu Tilquin, vice-président des affaires publiques chez Sahar.
Éviter une telle situation lors de la prochaine présidentielle en France est un enjeu crucial pour les autorités, comme le souligne Sahar.

La rapidité d’une réponse face à ces menaces est primordiale. Selon Tilquin, "la riposte consiste à démanteler le narratif mensonger, mais chaque minute qui passe complique la maîtrise de la viralité d’une information fausse, notamment face à des acteurs institutionnels".
Des campagnes qui "s’industrialisent"
"Les forces hostiles à la France se concentrent sur des sujets sensibles pour catalyser des émotions et encourager des candidatures extrêmes", affirme Tilquin, tout en évoquant un danger croissant pouvant provenir de l'est.
Pour contrer ce phénomène, des outils comme "French Response", gestionnaires de comptes de réseaux sociaux du ministère des Affaires étrangères, répondent aux fausses informations visant la France. Sahar confie avoir déjà aidé à contrer des campagnes de désinformation remontant aux Jeux Olympiques de 2024.
Les vidéos en question impliquant des Lego et critiquant Trump témoignent d’une grande sophistication : l’ampleur de messages en un temps record, un contenu qui fonctionne bien sur les réseaux sociaux, le choix d'une langue accessible, et l’absence de violence, tous éléments propices à la viralité, observe Sahar.
"Il y a un changement stratégique de l’Iran qui passe par l'externalisation de sa campagne à des tiers", conclut Tilquin.
Le 11 juin dernier, Sébastien Lecornu a mis en garde contre les risques d'ingérence lors de la présidentielle, désignant de "menaces lourdes" ce type d'activités. En 2024, Viginum a déjà détecté 25 tentatives d'ingérences numériques. Lors des récentes élections municipales, ces risques avaient été identifiés comme significatifs, bien qu'ils n’aient pas eu d'impact majeur. Cependant, la prochaine élection présidentielle pourrait bien connaître des tentatives d’ingérence encore plus substantielle.







