Dans le domaine alarmant de proxénétisme touchant des mineurs, Sexemodel.com émerge comme une plateforme centrale. Avec un très grand nombre d'annonces et plusieurs millions de visites mensuelles, ce site, qui se positionne comme un espace de rencontres libertines, est devenu l'une des principales vitrines de la prostitution en France. Derrière certaines de ces annonces, des réseaux exploitant des adolescentes, parfois très jeunes, sont régulièrement mis en lumière. Face à cette réalité inquiétante, il est légitime de se demander pourquoi cette plateforme demeure toujours accessible.
À leur entrée sur le site, les utilisateurs sont accueillis par la promesse d’une vérification de leur identité, mais cette dernière se limite souvent à une simple déclaration de date de naissance - sans contrôle rigoureux - puis un accès à une multitude d'annonces, filtrables par critère comme l'âge ou l'apparence physique. Les tarifs, mentionnés sous forme de « fleurs », cachent une réalité bien plus sombre, comme celle de tarifs tels que « 50 roses pour une fellation ».
Une responsabilité difficile à établir
Alors que la prostitution en France n'est pas prohibée, son organisation, c'est-à-dire le proxénétisme, l'est. Cela est encore plus vrai lorsque des mineurs entrent en jeu. « Ces sites rendent la prostitution des mineurs bien trop accessible », déplore Me Lorraine Questiaux, avocate et membre du mouvement du Nid. "Ces plateformes offrent un terrain de jeu où l'offre rencontre la demande, et leur fermeture constituerait un problème majeur pour cette industrie." Les services du parquet de Paris admettent que le site est impliqué dans plusieurs enquêtes, mais sans divulguer de détails sur le nombre ou la nature des procédures. Approché pour éclaircir cette situation, le site Sexemodel n’a pas donné suite.
Selon des enquêtes menées par Mediapart et d'autres médias de l'Union Européenne, ce site est géré par David Azzato, un Suisse basé à Dubaï, connu pour ses activités similaires et déjà condamné en France pour proxénétisme. Cette domiciliation en Suisse complique les poursuites judiciaires, car le site se présente comme simple hébergeur d'annonces. Il se déclare avoir une politique de tolérance zéro pour les activités illicites et coopère avec les forces de l'ordre lorsque des réquisitions sont émises.
Une explosion du phénomène
Cette coopération pourrait justifier, en partie, la pérennité de cette plateforme. « Les annonces accessibles permettent de tracer les proxénètes, contrairement à des applications comme Snapchat ou Telegram », explique Me Inès Davau, avocate de l'association Équipes d'action contre le proxénétisme (EACP). Ces éléments peuvent véritablement constituer des preuves dans des affaires judiciaires. Cependant, certains y voient une justification insuffisante. « Si l'on s'en tient à cette logique, ce n’est qu’un alibi pour prolonger l’inaction. Il est bien trop facile de se confronter à des petites structures alors que le problème reste colossal à travers la société. »
L'Observatoire national des violences faites aux femmes a observé une augmentation de 107 % des victimes mineures de proxénétisme entre 2021 et 2024. Me Inès Davau ajoute que l'accès aux réseaux sociaux banalise le phénomène et renforce l'idée de facilité autour de la prostitution, donnant aux proxénètes l'illusion d'un risque inférieur par rapport au trafic de drogues.
Proxénétisme au XXIe siècle
Cependant, les spécialistes s'accordent à dire que fermer Sexemodel ne serait pas une solution. Un autre site prendrait inévitablement sa place. Des plateformes comme Coco ou Wannonce ont déjà été arrêtées pour leur implication dans des affaires similaires. « Aujourd'hui, tout se déroule sur Internet. Même sur TikTok, des proxénètes diffusent des annonces, souligne Lucile Rozane, présidente de l’EACP. Cela crée de petits réseaux où les adolescents recrutent d'autres jeunes sans difficulté. »
« Les autorités semblent dépassées par cette situation inquiétante », conclut Lucile Rozane. Bien que les proxénètes connaissent des condamnations régulières, les clients restent presque toujours en dehors du cadre juridique, avec environ un millier de cas traités par an, un chiffre dérisoire face à l'ampleur du phénomène.







