Dans un gymnase de Villepinte, une scène troublante s’est déroulée lors d’une soirée de prière. Le président de la mosquée a, dans une vidéo viral, appelé les fidèles à voter pour la candidate LR, Farida Adlani, qui a obtenu 31 % des voix lors du premier tour, derrière Mélissa Youssouf, candidate écologiste. « Je vous appelle à vous réveiller dimanche », a-t-il lancé, suscitant l'inquiétude et la colère parmi certains fidèles présents.
Cette situation soulève une question essentielle : un responsable religieux a-t-il le droit d'afficher son soutien à un candidat dans un lieu de culte ? La réponse semble négative selon la loi du 24 août 2021, qui interdit toute propagande électorale dans les lieux consacrés à la prière. Cela inclut l’affichage, la distribution ou la diffusion de matériel électoral.
Obligation de neutralité politique
La chercheuse Anne-Laure Youhnovski Sagon, spécialiste en droit public, souligne que « toutes consignes de vote données en chaire le jour du scrutin en faveur d'une liste ou d'un candidat constituent une influence condamnable ». Elle ajoute que bien que la législation soit claire pour les consignes données le jour du scrutin, l’ambiguïté demeure pour celles exprimées en amont. Cette imprécision est d'autant plus frappante dans le cas d'un président de mosquée, surtout en l'absence de jurisprudence.
Lauren Bakir, spécialiste en laïcité au CNRS, explique que « bien que les ministres du culte bénéficient d'une liberté d'expression, la fonction religieuse ne doit pas être utilisée à des fins partisanes ». Nicolas Cadène, ancien rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité, n’hésite pas à affirmer que, « le juge condamnera, sauf grosse surprise ».
Des atteintes pas si rares
Interviewée par 20 Minutes, Mélissa Youssouf a exprimé son désaccord. « Ce type de discours n’a rien à faire dans un lieu de culte », a-t-elle insisté. Elle a également précisé que ces atteintes à la neutralité ne sont pas isolées : « Cela arrive depuis toujours, dans différents types de lieux de culte », a ajouté Nicolas Cadène, évoquant des incidents similaires dans des mosquées de Mantes-la-Jolie.
Défendant le principe de la neutralité institutionnelle, le curé de Villepinte a également pris la parole, rappelant l'importance d'un espace de culte exempt d'influences politiques. Le débat promet d’être central à l'approche des élections municipales de mars 2026.







