L’antisèche. Lors de son allocution sur la dissuasion nucléaire à la base de l'Île Longue, le président Emmanuel Macron a proposé une initiative inédite d'une « dissuasion avancée » pour huit nations européennes, garantissant ainsi une protection atomique française à ces États.
« Le demi-siècle prochain marque l’entrée dans une ère dominée par les armes nucléaires. » Avec en toile de fond le sous-marin nucléaire Le Téméraire, Emmanuel Macron a dévoilé les nouvelles directives stratégiques de la France en matière de dissuasion. En face des plus hauts gradés de l'armée, il a annoncé un projet de « dissuasion avancée » impliquant la Pologne, les Pays-Bas, la Belgique, le Danemark, la Grèce, la Suède, l’Allemagne et le Royaume-Uni, ce dernier étant le seul autre pays européen possédant l'arme nucléaire.
Cette déclaration témoigne d'un changement de la doctrine stratégique française, suggérant autour d'un « parapluie nucléaire français ». Emmanuel Macron a souligné que cette stratégie se devait d'être étendue « dans la profondeur du continent européen », en réponse aux multiples menaces actuelles.
L'origine de l'expression « parapluie nucléaire »
Ce terme est né à l'époque de la guerre froide, désignant la protection d'un État allié par une puissance nucléaire. Jusqu'à la chute de l'URSS en 1991, les membres du Pacte de Varsovie bénéficiaient de cette couverture. A l'Ouest, les pays de l'OTAN se sont placés sous l'égide américaine. En 1971, plus de 7 300 ogives nucléaires américaines étaient stationnées en Europe. Actuellement, les États-Unis conservent environ une centaine de têtes nucléaires sur le vieux continent, dans cinq nations membres de l'OTAN : l’Italie, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Belgique et la Turquie.
La doctrine nucléaire française
Depuis 1960, date à laquelle la France a développé sa capacité nucléaire, la doctrine repose sur la notion de riposte à une menace contre ses « intérêts vitaux », qui doivent infliger des dommages inacceptables à l'adversaire. Emmanuel Macron, dans son discours, a réitéré cette vision tout en posant la question de l'importance d'une « dimension européenne » de ces intérêts. François Mitterrand avait déjà évoqué l'idée d'une doctrine européenne, et Macron a récemment pris position en faveur d'une « dimension authentiquement européenne ».
Comprendre la « dissuasion avancée »
Les tensions géopolitiques, exacerbées par la guerre en Ukraine, rendent cette initiative plus que pertinente. La Russie a menacé à plusieurs reprises d’utiliser des armes nucléaires, compliquant davantage le paysage mondial. Les traités de contrôle des armements s'affaiblissent et, à ce jour, aucune contrainte sérieuse n’existe entre les États-Unis et la Russie concernant leurs arsenaux nucléaires.
Suite à son énoncé, Emmanuel Macron a confirmé que cette « dissuasion avancée » permettrait à ces pays de bénéficier de « forces aériennes stratégiques » françaises et d'accéder à des exercices de dissuasion conjoints. Cette avancée est le résultat d'une réflexion initiée par la France, la Pologne et l'Allemagne pour contrer les menaces russes.
« Il n'y aura aucun partage de la décision ultime. Elle revient uniquement au président de la République, responsable devant les citoyens. »
Dans le cadre de cette initiative, Emmanuel Macron et le chancelier allemand ont annoncé l'établissement d'un « groupe de pilotage nucléaire de haut niveau », destiné à renforcer leur synergie en matière de dissuasion. Ce partenariat ne signifie toutefois pas un partage du pouvoir nucléaire. « Aucun partage de la prise de décision ou de la planification n'est envisageable ; cela reste une prérogative souveraine de notre nation. »







