L’écrivain franco-algérien Boualem Sansal est sur le point de devenir un “immortel”. Ce jeudi, il est convié à l’Académie française, près de trois mois après avoir recouvert sa liberté en Algérie.
À 15H00, les membres de l’Académie se réuniront à huis clos sous la coupole de leur bâtiment emblématique de Paris, pour élire un successeur à l'historien Jean-Denis Bredin, décédé en 2021. Six candidats briguent ce prestigieux fauteuil, parmi lesquels Boualem Sansal, l’un des plus renommés, ayant confirmé sa candidature à la dernière minute, le 8 janvier.
Un premier scrutin pour ce fauteuil avait déjà eu lieu le 11 décembre, mais aucun candidat n’avait réussi à obtenir la majorité. Si Boualem Sansal remporte le vote, à 81 ans, il intégrera les “immortels”, un titre honorifique attribué aux académiciens, qui sont actuellement 35, avec cinq sièges vacants. Parmi les membres, on compte également des figures telles que Amin Maalouf, Jean-Christophe Rufin, et Chantal Thomas.
Le 4 décembre, Sansal a eu un avant-goût de cet honneur lorsqu’il a été décoré par l’Académie, recevant le prix mondial Cino del Duca seulement trois semaines après sa libération. "Je suis un peu euphorique car je goûte à la liberté, aux petites choses de la vie. Ces simples plaisirs deviennent extraordinaires après tant de temps", a-t-il confié à Strasbourg en recevant la médaille de la ville.
Cet ancien fonctionnaire algérien a vu son existence basculer le 16 novembre 2024, lorsqu’il a été arrêté à son arrivée à Alger en provenance de Paris. Son incarcération a entraîné un émoi en France, où plusieurs campagnes de soutien ont été lancées pour cet athée convaincu et critique du pouvoir algérien. Condamné à cinq ans de prison pour "atteinte à l'unité nationale", il a finalement bénéficié d'une grâce du président algérien Abdelmadjid Tebboune.
Boualem Sansal a publié une trentaine d'ouvrages, dont des romans, recueils de nouvelles et essais, depuis 1999. En 2015, il a reçu le grand prix du roman de l'Académie française pour son livre "2084. La fin du monde" (Gallimard), considéré comme une réinterprétation moderne d'Orwell.
L’écrivain a également discuté de sa vision de la langue française à l’occasion de la sortie de son ouvrage "Le français, parlons-en!" en 2024, affirmant qu’il était crucial de redéfinir certains termes.
Fondée en 1635 sous l'égide de Richelieu, l’Académie française a pour mission d’établir les règles de la langue et d’en préserver la pureté. Pour être élu, un candidat doit obtenir la majorité absolue des suffrages, un processus pouvant nécessiter plusieurs tours de scrutin. En cas de succès, le nouvel “immortel” sera intronisé lors d'une cérémonie à huis clos, recevant un habit vert orné de rameaux d'olivier et une épée. En novembre dernier, l’Académie avait déjà élu, parmi ses membres, les écrivains Florian Zeller et Éric Neuhoff.







