Le secteur du tourisme en France représente environ 8 % du PIB, générant 2 millions d’emplois. Avec l'augmentation du nombre de visiteurs internationaux, estimé à 102 millions d'ici 2025, la France reste la première destination touristique mondiale. Cependant, ce secteur est également responsable de 11 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) du pays, principalement dues aux transports.
Pour respecter les objectifs de l'accord de Paris, l'Agence de la transition écologique (Ademe) préconise une réduction des émissions de 40 à 50 % d'ici 2030 par rapport à 2018. Actuellement, près de 70 % des émissions du secteur touristique proviennent du transport, qui représente également 30 % des GES liés à la mobilité en France.
Pour réduire ces impacts, il est crucial que les collectivités développent une stratégie de mobilité touristique durable. Cela implique de repenser la promotion des destinations, l’offre de transport et la répartition des flux touristiques, surtout lorsque 80 % des visiteurs se concentrent sur seulement 20 % du territoire.
Pourtant, la question de la mobilité touristique est souvent négligée par les politiques publiques, qui se concentrent davantage sur les trajets quotidiens. Le manque de consensus sur ce qu’englobe la ‘mobilité touristique’ rend la quantification et le suivi de ce domaine encore plus complexes, selon L’observatoire des mobilités.
Les données actuellement disponibles échouent souvent à retracer les motivations psychologiques et sociales qui pèsent sur les choix de transport des vacanciers. L’Ademe a récemment publié une étude sur le sujet, cherchant à identifier des solutions pour orienter les pratiques vers des modes de transport plus durables.
Une mobilité dominée par la voiture individuelle
La voiture individuelle est le principal mode de transport privilégié par les touristes en France, représentant 79 % des arrivées. Selon une enquête menée par IFOP pour ROOLE, plusieurs raisons expliquent cette tendance :
- La voiture incarne la liberté de déplacement (82 % des répondants) et le plaisir de la route (57 %).
- Elle génère un sentiment de contrôle, contrairement à d’autres modes comme le train, souvent associés à des sentiments négatifs.
- Les défis du dernier kilomètre pour atteindre les destinations sont également un frein.
Ces perceptions se basent sur des habitudes profondément ancrées, où la voiture est souvent perçue comme la norme. Les alternatives, telles que le train, sont envisagées mais souvent abandonnées au profit de la voiture, du fait de l’interaction entre temps, coût et confort.
Informer et éduquer les touristes
Il existe plusieurs leviers pour inciter les touristes à choisir des modes de transport plus écologiques. Néanmoins, une évolution dans la communication autour de la mobilité touristique est essentielle. En 2023, les dépenses de communication pour les voiture individuelles ont atteint 1,885 milliard d'euros, alors que les transports collectifs n'ont reçu que 607 millions.
Pour remédier à cette situation, les promoteurs de la mobilité alternative, telles que les campagnes pour le vélo et les transports collectifs, doivent surmonter une perception moins séduisante. Les campagnes actuelles mettent souvent l’accent sur la responsabilité plutôt que sur la liberté, comme le font les publicités automobiles.
Il est également crucial que les informations concernant les options de transport soient simplifiées et centralisées pour les touristes, souvent peu conscients des alternatives telles que l’autopartage ou les véhicules électriques. Les offices de tourisme et les hébergeurs ont un rôle central à jouer pour informer et structurer ces offres.
Dans le cadre d’une initiative conjointe avec AD’OCC et Atout France, l’Ademe a soutenu des démarches pour aider les offices de tourisme à améliorer leurs pratiques en matière de mobilité, développant des outils numériques pour orienter les visiteurs tant avant leur séjour qu'une fois sur place.
Autopartage et véhicules légers : des solutions gagnantes pour le dernier kilomètre
Pour répondre aux défis du dernier kilomètre et préserver la liberté de mouvement, établir une solide offre de transports collectifs est primordial. L’autopartage se révèle être une option prometteuse : environ un million de personnes en France profitent de ces services, surtout lors des départs en vacances.
Les essais de véhicules intermédiaires légers, comme ceux menés dans le Grand Avignon, montrent également un potentiel en matière de mobilité touristique. Toutefois, ces évolutions nécessitent une meilleure collaboration entre les acteurs publics, privés et locaux pour créer une offre touristique durable et coordonnée.
Enfin, il est essentiel que les politiques publiques parviennent à élaborer des offres attractives qui tiennent compte des avantages perçus de la voiture en vacances. Les pratiques de mobilité des touristes ne peuvent se dissocier de celles des locaux, et doivent s’ancrer dans une approche de durabilité partagée.







