Pour la première fois depuis le début des révélations autour du périscolaire à Paris, la justice a prononcé une condamnation contre un animateur pour agressions sexuelles sur un enfant. Ce jugement, rendu vendredi, repose sur la "cohérence" et la "crédibilité particulière" de la déclaration de la petite victime.
Cette décision, qui entraîne une peine de 18 mois de prison avec sursis, marque un tournant dans cette affaire, surtout après les relaxes controversées de deux autres animateurs parisiens, lesquelles ont suscité de vives critiques de la part des associations de protection de l'enfance et des familles des victimes. Ces dernières avaient déploré un apparent déni de justice quant à la parole des enfants.
Dans l'un de ces cas, le tribunal avait mis en avant des "variations" dans les témoignages des animateurs, laissant entendre qu'ils avaient été influencés par des questions posées par leurs parents. En revanche, le témoignage de l'enfant, aujourd'hui âgée de six ans, a été jugé comme "constant, précis et adapté à son jeune âge", contrastant fortement avec les déclarations de l'animateur, qualifiées de "fluctuantes" et "évolutives".
Depuis le début de l'année 2026, le nombre d'animateurs suspendus a atteint 132, dont 52 pour des "soupçons de violences sexuelles ou sexistes". Emmanuel Grégoire, le maire de Paris, a déclaré que cette situation traduisait un caractère "systémique" et a mis en place un plan d'action été doté de 20 millions d'euros pour réformer le périscolaire.
"Nous sommes ravis que la voix de cette enfant ait été entendue", a déclaré l'avocat de la famille, Charles Héran, à la sortie du tribunal. "C'est une décision extrêmement encourageante pour l'avenir des enfants victimes comme elle."
La porte-parole de #MeTooEcole, Barka Zerouali, a salué ce jugement, tout en regrettant que la peine soit intégralement assortie du sursis. Anne, de SOS Périscolaire, a souligné que cette condamnation prouve qu'il est possible de croire et de condamner sur la base des déclarations des enfants. Elle a déploré que, lors des précédents procès, la parole de neuf enfants n'ait pas suffi face à celle d'un adulte.
Les agissements pour lesquels Souleymane D. a été jugé, qui incluent des attouchements au cou, au dos, aux parties intimes et aux fesses, se sont déroulés entre octobre 2023 et juillet 2025 dans un centre de loisirs du 10e arrondissement. Ce n'est qu'après des plaintes émanant des parents de l'enfant, en raison de son refus constant de retourner au centre, que l'affaire a été portée à la connaissance des autorités.
L'enfant a fait des déclarations claires dès le début et a même décrit le mode opératoire de l'animateur sur une poupée, ce qui a renforcé la crédibilité de son témoignage, selon le tribunal. Le jugement souligne que la gêne de l'enfant à évoquer les faits, la précision de ses descriptions et la réitération de ses déclarations devant divers intervenants confortent la fiabilité de sa parole.
En revanche, Souleymane D. a donné des explications jugées "peu convaincantes" et a varié dans ses récits, passant de la négation des faits à l'admission d'avoir tiré la capuche de l'enfant ou fait des chatouilles, tout en contestant les agressions que l'enfant dénonçait.
Pour renforcer leur décision, les juges ont également noté que la configuration du centre de loisirs permettait à l'animateur de commettre des actes sans être vu par les autres adultes. De plus, des photos sur son téléphone montraient qu'il entretenait des contacts avec des enfants, malgré le caractère interdit de ces gestes.
Souleymane D., âgé de 25 ans, n'a pas souhaité faire de déclaration à la sortie de l'audience et dispose de dix jours pour faire appel de la décision, qui s'accompagne d'une interdiction définitive d'exercer toute activité en contact avec des mineurs, ainsi que d'une inscription au fichier judiciaire automatisé des auteurs d'infractions sexuelles ou violentes (Fijaisv).







