Face aux réductions d'effectifs, à un modèle économique vacillant et aux impacts dévastateurs de l'intelligence artificielle, les syndicats de journalistes et des métiers de la presse organisent une journée de grève et une manifestation nationale à Paris, marquant une étape clé à un an de la présidentielle.
Les syndicats soulignent une inaction gouvernementale persistante, près de deux ans après les États généraux de l'information qui, il faut le reconnaître, n'ont pas débouché sur des réformes législatives concrètes.
- Tempête sur l'emploi
Des groupes comme Centre France (La Montagne, Le Populaire du Centre), Prisma (Geo, Capital, Femme Actuelle, Voici...) et Bayard (La Croix) annoncent de nombreux plans sociaux. Agnès Briançon du Syndicat national des journalistes (SNJ) informe que 638 suppressions de postes ont été recensées depuis mars. "Ces réductions touchent non seulement les journalistes mais aussi les personnels d'imprimerie et les commerciaux des régies publicitaires", a-t-elle déclaré à l'AFP.
Par ailleurs, des inquiétudes naissent d'un possible plan social imminent au sein du groupe EBRA, qui édite plusieurs quotidiens régionaux. "La situation n'est pas nouvelle, mais la presse quotidienne régionale enregistre une chute significative", constate le sociologue Jean-Marie Charon.
L'expert souligne que les ajustements du passé ne suffisent plus à compenser cette crise : "Nous sommes désormais 'à l'os' en termes de ressources", indique-t-il en référence à son baromètre social annuel des médias.
- Un modèle à bout de souffle
Jean-Marie Charon évoque un "effet ciseaux" historique. D'une part, le digital a rendu les consommateurs moins enclins à payer pour l'information et, d'autre part, les revenus publicitaires s'échappent vers les géants du numérique. Martin Ajdari, président de l'Arcom, a récemment averti sur France Culture qu'on assiste à un "effondrement du modèle économique des producteurs d'information", précisant que la part de marché publicitaire des médias — qui représentait 50% en 2019 — pourrait chuter à 20% d'ici 2030.
Alors que la diffusion des journaux continue de plonger, certaines publications ont réussi leur transition numérique, comme Le Monde, tandis que d'autres, surtout dans la presse quotidienne régionale, peinent à s'adapter.
- L'IA, menace sur l'emploi ?
Un incident marquant a eu lieu début mai, lorsque les syndicats du groupe Infopro Digital ont dénoncé un projet de suppression de postes de journalistes rédacteurs au profit de chefs d'édition soutenus par l'intelligence artificielle. Emmanuel Vire, secrétaire général du SNJ-CGT, classifie cette situation de "première" dans le domaine, avertissant d'une potentielle "lame de fond".
- IA : bras de fer et enjeux financiers
Les enjeux de l'IA ne se limitent pas à l'emploi, mais étendent leur portée à la question des droits d'auteur. Arthur Gregg Sulzberger, PDG du New York Times, a dénoncé, lors d'un congrès international des médias, les abus de grandes entreprises d'IA quant au contenu renseignement sans rémunération. En France, l'APIG, qui regroupe près de 300 quotidiens, a déjà engagé des poursuites judiciaires contre des entreprises comme Brave pour violation de droits d'auteur.
Malgré la tension, certains grands médias comme Le Monde ont commencé à établir des accords avec des acteurs de l'IA, cherchant un équilibre. Avant l'IA, des batailles étaient déjà menées pour réclamer des compensations financières de Google via le mécanisme des droits voisins.
- Puissance des milliardaires dans les médias
Des entrepreneurs comme Bernard Arnault, Vincent Bolloré et Daniel Kretinsky investissent massivement dans les médias, ce qui exacerbe les inquiétudes quant à l'indépendance de la presse. Le PDG de CMA CGM, Rodolphe Saadé, gère désormais des médias importants comme BFMTV et RMC.
Dans ce contexte, certaines voix s'élèvent pour s’opposer à la concentration des médias, telle que la France Insoumise (LFI), qui propose de "séparer les médias et l'argent".
Alors que la campagne présidentielle s'intensifie, des accusations fusent. La gauche accuse les médias du groupe Bolloré de soutenir des idées d'extrême droite, tandis que Matthieu Pigasse, propriétaire des Inrocks, affirme que ses médias s'opposent à la droite radicale.







