Jeudi, au tribunal administratif, cinq femmes ont déposé une requête visant à condamner l'État pour son inertie face à Christian Nègre, un ancien haut fonctionnaire désormais mis en examen pour avoir drogué près de 250 femmes afin de les contraindre à uriner en sa présence.
Leurs avocates ont réclamé des indemnités allant de 90 000 à 180 000 euros, bien que la rapporteure ait plutôt recommandé un dédommagement de quelques milliers d'euros pour chaque plaignante.
Elle a déploré le "comportement détestable" de Nègre, le qualifiant de "faute personnelle" d'un homme avec ses "faiblesses". Étonnamment, la responsabilité du ministère a été jugée non engagée. Selon la rapporteure, 1 000 euros de plus pourraient être alloués pour les "difficultés persistantes", telles que le manque de confiance, tandis qu'un préjudice moral a été estimé à 10 000 euros, englobant la panique éprouvée par les victimes.
Toutefois, elle a rejeté d'autres préjudices, comme l'arrêt d'activités sportives ou le préjudice sexuel, les considérant non établis.
Des avocates ont critiqué ces montants, soulignant la gravité des faits. "Il ne s'agit pas d'une blague; c'est une violente atteinte à l'intimité de ces femmes", a déclaré Me Lisanne Chamberland-Poulin. D'après elle, cette "méthode de prédation" a été facilitée par les moyens du ministère.
Me Capucine des Ligneris a insisté sur la nécessité d'une "vision sérielle" des actes, notant que sur une période de huit ans, entre une et trois femmes par semaine ont été victimes, souvent pendant les heures de service.
La présidente du tribunal a précisé que la décision serait rendue dans deux à trois semaines.
Caroline Darian, cofondatrice de l'association M'endors pas et soutien des plaignantes, a dénoncé une décennie d'errance et l'absence de gestion adéquate au sein du ministère.
"L'affaire Nègre est fondamentalement une question de perversion", a-t-elle ajouté, affirmant que les victimes avaient subi une humiliation indiscutable.
Sylvie Delezenne, l'une des plaignantes, a confié à l'AFP avoir eu l'impression d'avoir été piégée à divers niveaux par Nègre et par l'accueil du ministère. En 2015, il l'a contactée sous prétexte d'un emploi, mais l'entretien s'est transformé en situation inconfortable où elle a été amenée à uriner dans un tunnel.
"Le ministère aurait dû enquêter sur ces incidents et prévenir de tels entretiens", a souligné Me Chamberland-Poulin. Bien que certaines femmes aient reçu des indemnisations en 2023, celles-ci n'ont pas impliqué de reconnaissance de la responsabilité de l'État.
Une plaignante a partagé son sentiment que 2023 représentait "une victoire à moitié", son entretien censé être prometteur ayant au contraire déclenché culpabilité et malaise. Les investigations pénales doivent se clore d'ici fin 2026, selon la procureure de Paris, qui a noté près de 250 victimes. L’avocate de M. Nègre n’a pas souhaité commenter.







