Un vent de mécontentement souffle au sein de la communauté juive : le grand rabbin du Raincy, Moché Lewin, figures emblématiques du judaïsme français, a été remercié par le Consistoire de Paris, une décision décriée par certains comme un "règlement de comptes".
"J'ai été informé ces derniers jours par le Consistoire de Paris de la cessation de mes fonctions" au Raincy (Seine-Saint-Denis), où il avait œuvré pendant 29 ans, a déclaré M. Lewin dans un communiqué. Il précise qu'il a été licencié pour "insubordination" après avoir mis en place un érouv, un dispositif symbolique visant à assouplir les règles du shabbat.
Cet érouv, qui signifie "mélange" en hébreu, définit une zone où l'espace commun est considéré comme privé, permettant ainsi de contourner les interdictions de porter des objets durant le shabbat. Un tel dispositif est déjà présent dans des villes comme Jérusalem, New York, Londres ou Amsterdam et est régulé de manière stricte.
Cependant, le Consistoire de Paris et le Beth din (tribunal religieux) l'accusent de ne pas avoir attendu les autorisations requises avant d'implémenter ce projet. Ils soulignent que l'absence de "validations obligatoires" peut mener à des décisions difficiles, telles que des fins de collaboration.
Pour sa part, M. Lewin souligne que son érouv a été créé dans "le seul souci de répondre à des besoins concrets" et qu'il a été élaboré grâce aux conseils d'experts, soutenu par la Conférence des rabbins européens et le grand rabbin de France, Haïm Korsia. Ce dernier a exprimé son soutien à Lewin à travers plusieurs lettres, appelant le président du Consistoire de Paris, David Amar, à "mettre un terme immédiat" à cette "procédure inacceptable".
- "Règlement de comptes" -
M. Lewin, qui a temporairement suspendu son érouv, reçoit également le soutien du Grand rabbin d'Israël. En tant que membre de la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) et promouvant le dialogue interreligieux, il voit dans cette éviction une manière de se débarrasser d'une voix qui pourrait déranger l'ordre établie.
Ce licenciement a créé des remous au sein de la communauté juive du Raincy, qui compte plusieurs milliers de personnes, et le conseil d'administration de la synagogue a démissionné collectivement. "Cette décision crée une véritable crise, les membres de la communauté sont en émoi", déclare Hadassa Malka Tebol, figure locale.
L'affaire a pris de l'ampleur, incitant les dirigeants des consistoires de toute la France à publier une lettre dénonçant une situation "aussi inédite que regrettable" suite à ce "licenciement brutal". "Nous ne pouvons tolérer que l'image de notre institution soit ternie par cette direction" condamnent-ils, arguant que "le judaïsme français mérite mieux que des querelles internes".
Car au-delà des questions de loi juive, c'est un problème d'ego qui pourrait être en jeu, analyse un observateur averti. Un autre estime qu'il y a des tensions latentes depuis une bonne décennie, et que l'érouv n'a été qu'un prétexte dans ce conflit bien plus vaste.







