La semaine dernière, Eunice Yao a vécu une étape marquante de sa carrière : elle a connu son "premier mort" en travaillant dans une maison de retraite en région parisienne. Un moment bouleversant qui ne l'a pas découragée dans son engagement en tant qu'accompagnante éducative et sociale.
"Il y a des personnes âgées qui se retrouvent isolées, et certaines, comme cette dame, n'avaient pas de famille. Il est crucial de les accompagner auprès de la fin de leur vie", a-t-elle déclaré à l'AFP.
Le scandale Orpea : une ombre sur la profession
"C'est une responsabilité que je ressens. Si je ne le fais pas, qui le fera ?", précise Guevina Kinzunza, 25 ans, en formation dans le secteur médico-social. Leur engagement se heurte pourtant à des perspectives décourageantes. En effet, entre 2020 et 2030, le nombre de personnes âgées en France va augmenter de 50% selon des prévisions démographiques.
Malgré cela, peu de candidats se présentent. Les conditions de travail ardue, un manque de reconnaissance et les répercussions du scandale Orpea nuisent à l'image du secteur.
Une crise de reconversion malheureuse
Par ailleurs, l'Observatoire du bien vivre en Ehpad a révélé que près de 17% des salariés envisagent un changement de carrière dans les trois ans à venir. Cela intervient alors qu'une étude de la Drees indique que le secteur aura besoin de 150.000 à 200.000 nouveaux postes d'ici 2050 pour assurer des soins de qualité.
Le président de la Fédésap, Frank Nataf, explique que "pour chaque offre d'emploi, on ne reçoit qu'un ou deux CV, alors qu’en 2005, on en avait entre 10 et 15". Cette chute illustre un véritable problème de vieillissement des travailleurs qui ont en moyenne 49 ans.
Les décideurs face à des enjeux titanesques
Les alertes lancées par les professionnels de la sectorielle n'ont pas encore été prises en compte par les décideurs. La loi sur le grand âge, promise en début de mandat d'Emmanuel Macron, reste dans l'incertitude. Bien que le gouvernement indique travailler sur l'attractivité des métiers, les détails restent flous.
"Si les responsables du secteur ne réagissent pas rapidement, la situation ne fera qu'empirer", avertit Nataf, soulignant que des impasses budgétaires pourraient bientôt frapper le secteur.
Une mission pleine de sens
Pour Françoise Gobled, présidente de la Fnapaef, "il ne s'agit pas seulement d'un questionnement financier, mais de solidarité nationale". Elle évoque une potentielle contribution solidaire des citoyens.
En attendant, Eunice déploie chaque jour son kinder matinal dans un Ehpad à Quincy-sous-Sénart. "Bonjour, comment avez-vous dormi ? Je suis là pour vous", dit-elle à chaque résidente, offrant un peu de compagnie et de chaleur humaine. "Nous faisons de notre mieux pour apporter du réconfort et de la dignité à ces personnes", conclut-elle.







