TRIBUNE. À l'issue d'un voyage aux Émirats arabes unis, Shannon Seban, secrétaire nationale des Républicains, partage les enseignements d'une approche déterminée envers les Frères musulmans.
L’Occident, pour sa part, ne peut plus ignorer la réalité : il doit agir concrètement contre les Frères musulmans. Ce message a été formulé avec insistance par des experts et des responsables politiques émiratis. Le constat est alarmant : les démocraties occidentales ne peuvent plus se permettre de sous-estimer ces groupes. Une inscription sur les listes d’organisations terroristes et une action pour stopper leur emprise idéologique s'avèrent nécessaires.
Un profond décalage entre l’Europe et plusieurs pays arabes est frappant : tandis que les Frères musulmans y sont souvent interdits, leur influence demeure croissante en Europe, soutenue par une forme de naïveté politique difficilement concevable ailleurs.
Les Frères musulmans ont su tirer parti des mécanismes des sociétés démocratiques, investissant les institutions et s’appuyant sur des réseaux associatifs pour influencer le débat public. C'est là que le défi se pose : alors que de nombreux dirigeants européens limitent leur réponse au seul volet sécuritaire, ces mouvements s’imposent avec une stratégie vaste et infiltrée.
Un enjeu majeur pour 2027
Dans cette optique, les Frères musulmans devraient devenir un sujet central lors de la campagne présidentielle française de 2027. Cet enjeu touche des thématiques fondamentales pour la France : la cohésion nationale, l’intégration, la laïcité, ainsi que la sécurité des institutions.
Lors de ma visite à Abou Dhabi, j’ai rencontré des responsables émiratis, des spécialistes de l’Université Mohamed bin Zayed et le Dr Ali Rashid Al Nuaimi, notoire pour son rôle dans le dialogue interreligieux. Tous partagent une vision : les Frères musulmans ne se limitent pas à un mouvement religieux, mais représentent un projet politique ambitieux.
Les Émirats, depuis plus de deux décennies, font partie des pays les plus fermes contre les Frères musulmans. Leur vigilance a été intensifiée dans les années 1990 et 2000, notamment lorsque la branche locale, Al-Islah, a commencé à s’infiltrer dans les établissements scolaires et étudiants. Les événements du Printemps arabe en 2011 ont encore amplifié ces préoccupations.
Le Qatar, par ailleurs, joue un rôle préoccupant en soutenant financièrement des mouvements affiliés aux Frères musulmans, stimulant ainsi des discours islamistes dans toute la région.
Les Émirats comme modèle ?
Il est éloigné d’être judicieux pour l’Europe de se détourner des mises en garde. Un rapport remis au Président Emmanuel Macron en 2024 exposait les tentatives des Frères musulmans pour s’immiscer dans les institutions françaises. Les révélations de 2025 ont confirmé cette stratégie cohérente et structurée, sous-tendue par des financements étrangers.
Ce phénomène n’est pas isolé à la France ; à travers tout le continent, les Frères musulmans ont établi des réseaux complexes basés sur des associations et établissements éducatifs. De plus, le Qatar a investi massivement, augmentant considérablement son influence.
En contraste, les Émirats arabes unis ont pris des mesures claires : en inscrivant les Frères musulmans sur leur liste d'organisations terroristes, ils ont renforcé le contrôle sur les institutions religieuses et surveillé les financements étrangers, évitant ainsi toute infiltration idéologique.
Evidemment, l’Europe ne doit pas ignorer ses principes démocratiques en tentant de répondre à ces défis. Un équilibre est nécessaire entre vigilance et respect des droits fondamentaux.
La nécessité d'une nouvelle approche
Pourtant, cette prudence ne doit pas mener à l’inaction. L’Union européenne devrait envisager l'inscription des Frères musulmans sur sa liste d’organisations terroristes. Les États membres doivent travailler sur la transparence des financements étrangers dans le domaine religieux, tout en consolidant les politiques d’intégration axées sur les valeurs démocratiques.
La leçon des Émirats n'est pas celle d'une répression brutale, mais celle d'une vigilance stratégique. Trop longtemps, l’Europe a ignoré les mouvements idéologiques qui avancent lentement, exploitant les points faibles des sociétés démocratiques. La manière dont l’Europe relèvera ce défi façonnera la discussion dans les années à venir, et cette thématique doit absolument être au cœur de la campagne présidentielle de 2027.
Shannon Seban est une élue locale et militante pour la lutte contre l’antisémitisme et l’islamisme. Elle est secrétaire nationale des Républicains et active dans la préparation de la présidentielle de 2027.







