L’Inde a présenté, le 25 mars, ses nouveaux objectifs climatiques pour 2035, visant une part de 60 % d’électricité non fossile et une réduction de 47 % de l’intensité carbone. Bien que le pays cherche à renforcer ses puits de carbone par la reforestation, ces annonces suscitent des réactions partagées parmi les experts.
Le pays qui compte près de 1,5 milliard d’habitants ambitionne également de diminuer de 47 % l’intensité de ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2035, se basant sur les niveaux de 2005. Comme le stipule un rapport gouvernemental, l’Inde prévoit d’augmenter ses puits de carbone de 2,3 milliards de tonnes actuellement à entre 3,5 et 4 milliards de tonnes par le biais de projets de reforestation.
Avec 4,4 milliards de tonnes de dioxyde de carbone émis en 2024, selon des données de l’ONU, l’Inde se classe en tant que troisième pollueur mondial, après la Chine et les États-Unis. Toutefois, comparativement à sa population, ses émissions par habitant restent relativement faibles. De plus, le pays a une contribution historique limitée au réchauffement climatique, surtout à la lumière de son développement économique.
En vertu de l’accord de Paris, l’Inde doit faire rapport chaque cinq ans concernant ses engagements climatiques, connus sous le nom de « contributions déterminées au niveau national » (NDC). Le gouvernement s'est engagé à atteindre la neutralité carbone d'ici 2070.
En 2022, l’Inde annonçait que 50 % de sa capacité de production d’électricité était d’origine renouvelable, atteignant ainsi cet objectif cinq ans plus tôt que prévu. Néanmoins, près de 73 % de son électricité provient encore de centrales à charbon, très polluantes, loin de l’objectif de 43 % fixé pour 2030.
Un engagement controversé
En 2022, seulement 13 % de l’électricité produite en Inde provenait de sources renouvelables, telles que les panneaux solaires ou les éoliennes. De plus, un rapport de S&P Global a montré que seulement 2,5 % des voitures vendues en 2025 en Inde étaient électriques. New Delhi a récemment été critiquée pour son retard dans la publication de ses NDC, notamment par la France, qui a envisagé de bloquer des financements européens pour la décarbonation du pays.
Malgré les réserves, certains experts, tels que Harjeet Singh de la fondation Satat Sampada Climate, ont salué ces NDC comme un signe positif d’engagement. Pour Avantika Goswami du Centre for Science and Environment, ces annonces montrent que « le chemin emprunté par le Sud global en matière d’ambitions climatiques est réel ».
Toutefois, d'autres voix comme celle d’Aman Srivastava de Sustainable Futures Collaborative pensent que ces promesses de réduction d’intensité carbone sont « modestes par rapport au potentiel » du pays et risquent d’entamer la confiance dans les accords internationaux. Il a néanmoins reconnu que les engagements concernant l’électricité renouvelable sont « significatifs et bienvenus ».
Lauri Myllyvirta, du Centre for Research on Energy and Clean Air, a exprimé des préoccupations similaires : « L’objectif d’intensité carbone pourrait permettre une hausse des émissions si la priorité est donnée à la croissance économique ».
Le gouvernement de Narendra Modi a mis l'accent sur le développement économique, mais avec un taux de croissance dépassant 7 %, les besoins en électricité continuent d’augmenter, souvent satisfaits par des infrastructures à forte intensité énergétique telles que les centrales à charbon et nucléaires.







